Côte d'Ivoire : Riz africain, Abidjan au cœur d'une offensive continentale pour conquérir les marchés
Face à la dépendance persistante de nombreux pays africains aux importations de riz, AfricaRice réunit, du 4 au 6 novembre 2026, à Abidjan, les représentants de 28 États membres. Au centre de cette 34e session ordinaire du Conseil des ministres : faire de la recherche scientifique, de la transformation locale et de la compétitivité commerciale les principaux leviers de la souveraineté rizicole du continent.
L'Afrique veut changer de cap dans sa politique rizicole. Longtemps concentrés sur l'augmentation des superficies cultivées et des rendements agricoles, les efforts des États doivent désormais s'étendre à toute la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation. C'est le défi majeur au cœur de la 34e session ordinaire du Conseil des ministres du Centre du riz pour l'Afrique (AfricaRice), ouverte le 4 novembre 2026 à Abidjan-Plateau, autour du thème : « Renforcer la compétitivité et la commercialisation du riz produit en Afrique».
Durant trois jours, les représentants de 28 pays membres, auxquels s'ajoute le Zimbabwe en qualité de pays invité d'honneur, examinent les stratégies susceptibles de renforcer durablement la filière rizicole africaine. L'objectif est de réduire la dépendance du continent aux importations, tout en valorisant davantage les capacités de production et de transformation locales.
Représentant le Premier ministre, Robert Beugré Mambé, à la cérémonie d'ouverture, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, professeur Adama Diawara, a placé la recherche au centre des solutions attendues.
Selon lui, l'amélioration de la production ne saurait constituer une réponse suffisante aux défis de la filière. Les pays africains doivent également disposer de variétés de riz performantes, adaptées aux réalités climatiques, résistantes aux maladies et aux contraintes hydriques, mais aussi conformes aux exigences des consommateurs.
« Une chose est de produire du riz, même beaucoup de riz, mais une autre est de pouvoir vendre ce riz », a-t-il souligné, mettant ainsi en évidence l'importance de la compétitivité commerciale.
Le ministre a, par ailleurs, plaidé pour une meilleure articulation entre les résultats de la recherche scientifique et les besoins du marché. Cette dynamique suppose une collaboration renforcée entre les universités, le Centre national de recherche agronomique (CNRA), l'Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB) et AfricaRice.
Si les perspectives de développement sont importantes, les obstacles à l'autosuffisance restent considérables. En Côte d'Ivoire, la filière rizicole doit notamment composer avec les difficultés d'accès aux semences de qualité, l'insuffisance de la maîtrise de l'eau, les besoins en aménagements hydroagricoles et le déficit de mécanisation.
Intervenant à l'ouverture des travaux, le ministre délégué chargé des Productions vivrières, Bernard Kini-Komoé, a rappelé l'ampleur de ces contraintes.
Les données présentées au cours des échanges indiquent que la production nationale couvre actuellement environ 47 % des besoins en riz du pays. Cette situation met en évidence la nécessité d'accélérer les investissements dans les infrastructures agricoles, l'encadrement des producteurs et l'amélioration des systèmes de production.
Pour la Côte d'Ivoire, l'enjeu consiste donc à accroître significativement l'offre locale, tout en améliorant la qualité du riz produit afin de mieux répondre aux attentes des consommateurs.
Pour le directeur général d'AfricaRice, Babacar Mané, cette 34e session constitue une étape importante dans la définition des orientations stratégiques de l'institution.
Créé dans les années 1970 à l'initiative de onze pays africains, le Centre du riz pour l'Afrique compte aujourd'hui 28 États membres. Son action vise à accompagner les gouvernements dans l'amélioration des performances de leurs filières rizicoles, notamment à travers la recherche, l'innovation et le transfert de technologies.
« Notre objectif est d'accompagner les pays africains pour atteindre l'autosuffisance en riz », a-t-il rappelé.
Dans cette perspective d'élargissement de la coopération continentale, le responsable a annoncé l'examen de la candidature du Soudan, dont l'adhésion pourrait porter à 29 le nombre de pays membres de l'organisation.
Au-delà des questions liées à la production et aux marchés, les travaux portent également sur le fonctionnement et les perspectives institutionnelles d'AfricaRice.
Le président du Conseil d'administration, Emmanuel Sackey, a mis en avant les avancées enregistrées par le Centre, notamment l'obtention d'un budget record de plus de 35 millions de dollars et l'élaboration d'une nouvelle stratégie couvrant la période 2027-2035.
Ces perspectives financières et programmatiques traduisent l'ambition de renforcer les capacités opérationnelles de l'institution. Toutefois, Emmanuel Sackey a insisté sur la nécessité pour les États membres de respecter leurs engagements financiers afin de garantir la continuité et l'efficacité des programmes engagés.
Pays invité d'honneur de cette rencontre, le Zimbabwe a également partagé son expérience et les difficultés auxquelles il est confronté dans le développement de sa production rizicole.
Son ministre des Terres et du Développement rural, Vangelis Peter Haritatos, a indiqué que son pays consomme environ 300 000 tonnes de riz par an, alors que sa production locale ne s'élève qu'à 2 900 tonnes.
Ce décalage considérable entre l'offre nationale et la demande intérieure illustre les difficultés auxquelles plusieurs économies africaines sont confrontées. Il souligne également l'urgence de renforcer les investissements agricoles, de développer les capacités de transformation et de consolider les chaînes de valeur locales.
Pour le responsable zimbabwéen, une coopération africaine plus étroite constitue un levier essentiel pour relever collectivement ces défis.
Au terme des trois jours de concertation, les attentes sont importantes. Les participants devront dégager des orientations susceptibles d'accélérer les investissements, de renforcer les capacités de recherche et de faciliter l'accès du riz africain aux marchés.
Car la bataille de la souveraineté rizicole ne se gagnera pas uniquement dans les champs. Elle se jouera également dans les unités de transformation, les circuits de distribution et les espaces commerciaux où le riz local doit pouvoir rivaliser avec les produits importés.
À Abidjan, le message est donc clair : l'Afrique doit désormais passer d'une logique d'accroissement de la production à une véritable stratégie de compétitivité et de valorisation de son riz. Une ambition qui engage autant les chercheurs que les pouvoirs publics, les investisseurs et les acteurs privés de la filière.
Wassimagnon
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