Côte d'Ivoire : 20 ans de la Charte africaine de la jeunesse, Mamadou Touré défend les avancées et appelle à concrétiser les droits des jeunes
Vingt ans après son adoption à Banjul, en juillet 2006, la Charte africaine de la jeunesse reste au cœur des enjeux liés à l'avenir du continent. Considéré comme un instrument de référence pour la promotion des droits et de la participation des jeunes, ce texte porte une ambition majeure : faire de la jeunesse un véritable acteur du développement de l'Afrique. À Abidjan, les échanges organisés autour de cet anniversaire ont permis de mesurer le chemin parcouru, tout en mettant en lumière les attentes persistantes d'une génération en quête d'opportunités.
Adoptée par l'Union africaine en juillet 2006, la Charte africaine de la jeunesse reconnaît aux jeunes des droits fondamentaux dans plusieurs domaines, notamment l'éducation, la santé, l'emploi, la participation à la vie publique et l'accès aux opportunités économiques. Deux décennies plus tard, son application demeure un enjeu majeur pour les États africains, confrontés à la nécessité de traduire les engagements politiques en mesures concrètes.
Prenant part aux échanges à Abidjan, le ministre de la Promotion de la jeunesse, de l'Insertion professionnelle et du Service civique, Mamadou Touré, a présenté les initiatives engagées par la Côte d'Ivoire en faveur de cette catégorie de la population. Il a notamment évoqué les avancées enregistrées dans le domaine de l'insertion professionnelle, avec plus de 1,4 million d'emplois formels créés ces dernières années, ainsi que l'enregistrement de 6 443 associations de jeunesse auprès de son ministère.
Pour le ministre, la participation des jeunes à l'élaboration des politiques publiques constitue également un élément important de cette dynamique. Il a rappelé que les consultations nationales organisées en 2026 ont permis de recueillir des propositions dans les différentes régions du pays, dont 86 recommandations ont été retenues dans le cadre du Programme jeunesse du gouvernement 2026-2030.
Cette volonté de faire participer les jeunes aux décisions publiques a également été soulignée par le président du Conseil national des jeunes de Côte d'Ivoire, Ibrahim Diabaté. Selon lui, les consultations nationales de 2025 ont mobilisé 3 813 organisations et plus de 7 000 leaders de jeunesse. Sur les 70 recommandations formulées à cette occasion, 60 ont été intégrées au Plan national de développement 2026-2030.
« Le document même qui oriente l'État de Côte d'Ivoire sur les cinq prochaines années a été façonné, porté et proposé par les jeunes. Pour nous, ce n'est pas un détail », a-t-il déclaré, mettant ainsi en avant la place des organisations de jeunesse dans les mécanismes de décision.
Présente à Abidjan, la directrice exécutive du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), Diene Keita, a salué les efforts consentis par la Côte d'Ivoire et encouragé les autres pays à s'inspirer de cette expérience. Elle a également rappelé que 44 des 55 États membres de l'Union africaine ont ratifié la Charte africaine de la jeunesse, témoignant de son importance dans les politiques continentales en faveur des jeunes.
Mais au-delà des ratifications et des engagements institutionnels, les défis restent considérables. Chaque année, entre 10 et 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail, alors que le continent ne crée qu'environ 3 millions d'emplois formels. Ce décalage accentue la précarité professionnelle, entretient le recours aux activités informelles et pousse certains jeunes vers des parcours migratoires risqués.
Les discussions ont ainsi permis de faire émerger plusieurs priorités pour les prochaines années. Une cinquantaine de jeunes venus de différents pays africains ont notamment travaillé sur le renforcement du capital humain, la promotion des droits et de l'égalité, les mutations démographiques ainsi que l'engagement et l'innovation. Le développement de la formation professionnelle, l'accès aux technologies numériques et à l'intelligence artificielle, le financement de l'entrepreneuriat des jeunes, les emplois verts et la protection des droits des adolescentes figurent parmi les recommandations formulées.
À l'heure où l'Afrique connaît une croissance démographique portée par sa population jeune, la question n'est donc plus seulement de reconnaître les droits de cette génération, mais de garantir leur effectivité. Les vingt années d'existence de la Charte africaine de la jeunesse invitent les gouvernements à évaluer les politiques mises en œuvre et à renforcer les mécanismes permettant aux jeunes de bénéficier concrètement des engagements pris en leur faveur.
Le ministre Mamadou Touré a, à cet effet, assuré que les recommandations issues des échanges seraient transmises au gouvernement ivoirien et prises en compte dans le suivi du programme jeunesse.
Vingt ans après son adoption, la Charte africaine de la jeunesse se trouve ainsi face à son principal défi : passer davantage du statut de texte de référence à celui d'instrument dont les effets se ressentent dans le quotidien des jeunes Africains. Car l'avenir du continent dépendra aussi de sa capacité à leur garantir les moyens de se former, de travailler, d'entreprendre et de participer pleinement aux décisions qui engagent leur destin.
Jean Chresus, Abidjan
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