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Côte d'Ivoire : Rémunérations décentes, après le projet SAW, l'OIT ouvre un nouveau front pour des salaires adéquats qui permettent de vivre dignement
 

Côte d'Ivoire : Rémunérations décentes, après le projet SAW, l'OIT ouvre un nouveau front pour des salaires adéquats qui permettent de vivre dignement

 
 
 
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© Koaci.com - vendredi 06 novembre 2026 - 17:18


Au terme de trois années d’intervention en Côte d’Ivoire, le projet « Setting Adequate Wages » (SAW), porté par l’Organisation internationale du Travail (OIT) avec le soutien financier du Royaume des Pays-Bas, a contribué au renforcement du dialogue social et à l’amélioration des mécanismes de fixation des salaires. Réunis le vendredi 6 novembre 2026 à Abidjan, les représentants du gouvernement, des employeurs et des travailleurs ont salué les acquis de cette initiative et appelé à leur consolidation. Le Programme mondial sur les salaires vitaux et le projet SAW-A sont désormais présentés comme des leviers essentiels pour prolonger cette dynamique.


Faire du salaire un instrument de justice sociale, de protection des ménages et de développement économique : telle est l’ambition portée par l’Organisation internationale du Travail (OIT) à travers le projet « Setting Adequate Wages » (SAW). Après trois années de mise en œuvre en Côte d’Ivoire, cette initiative a fait l’objet d’une cérémonie nationale de clôture, le vendredi 6 novembre 2026 à Abidjan. L’occasion de dresser le bilan des actions réalisées, mais surtout de réfléchir aux perspectives nécessaires pour inscrire les résultats obtenus dans la durée.


Mis en œuvre avec le soutien financier du Royaume des Pays-Bas, le projet SAW avait pour objectif de contribuer au renforcement des mécanismes de fixation des salaires, notamment à travers le dialogue social et l’élaboration de politiques salariales fondées sur des données probantes. Son intervention a ainsi permis de développer les compétences des acteurs nationaux et de favoriser une meilleure prise en compte des réalités économiques et sectorielles dans les discussions sur les rémunérations.


Le bilan présenté à l’occasion de la clôture fait état de résultats significatifs. Au total, 343 personnes, dont 41 % de femmes, ont bénéficié de formations organisées dans le cadre de 12 activités de renforcement des capacités. Six cadres de dialogue social ont également été accompagnés, tandis que cinq études et outils ont été élaborés au profit de différentes filières économiques.


Les secteurs du cacao, de la banane, de l’anacarde et de l’agriculture figurent parmi ceux ayant bénéficié de cette dynamique. Ces interventions ont notamment contribué à améliorer la disponibilité et l’utilisation des données dans les discussions salariales, tout en renforçant les capacités techniques des partenaires sociaux.


Pour Coumba Diop, directrice du Bureau de l’OIT couvrant la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Togo, ces résultats constituent des avancées importantes dans la construction d’une politique salariale plus adaptée aux réalités du pays.


Au-delà des chiffres, la responsable de l’OIT a tenu à rappeler la dimension humaine de la rémunération. « Derrière chaque salaire, il y a des femmes, des hommes qui travaillent, des familles qui aspirent à un avenir meilleur », a-t-elle souligné. Elle a également insisté sur la nécessité de faire du travail un véritable moyen d'amélioration des conditions de vie : « Le travail ne doit pas seulement permettre de gagner sa vie, il doit permettre de vivre dignement. »


Toutefois, pour Coumba Diop, la réussite du projet ne doit pas uniquement s'apprécier à l'aune des activités réalisées. Elle dépendra surtout de la capacité des acteurs nationaux à poursuivre les initiatives engagées après sa clôture. « Le véritable succès du projet ne sera pas seulement ce que nous avons accompli pendant sa mise en œuvre, mais ce que les acteurs nationaux continueront d'accomplir après sa clôture », a-t-elle indiqué.


La cérémonie de clôture a également permis de recueillir les attentes des mandants tripartites, notamment les représentants du gouvernement, des organisations d'employeurs et des organisations de travailleurs.


Au nom des travailleurs, Yao N'Dré, représentant confédéral, a rappelé que la question salariale demeure étroitement liée au pouvoir d'achat et à la protection des ménages. Il a notamment évoqué la revalorisation de 25 % du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), passé de 60 000 à 75 000 FCFA en janvier 2023, dans un contexte marqué par les tensions inflationnistes.


 

Pour le représentant syndical, les efforts doivent désormais aller au-delà de la revalorisation du salaire minimum. Il plaide notamment pour une intégration pleine de la Côte d'Ivoire dans le Programme mondial de l'OIT sur les salaires vitaux. L'objectif est de promouvoir des rémunérations permettant aux travailleurs et à leurs familles de satisfaire leurs besoins essentiels et de mener une vie décente.


Il a également insisté sur la nécessité de maintenir l'accompagnement technique de l'OIT, de renforcer les capacités des organisations syndicales et de pérenniser les mécanismes de dialogue social.


Du côté des employeurs, Léopold Bodo, représentant de la Confédération générale des entreprises de Côte d'Ivoire (CGECI), a défendu une approche conciliant les aspirations légitimes des travailleurs et les capacités économiques des entreprises.


Selon lui, une réflexion complète sur le salaire adéquat doit nécessairement intégrer les réalités auxquelles sont confrontées les entreprises. Il a notamment mis en avant la productivité, la performance économique, la compétitivité et l'environnement des affaires comme des facteurs déterminants pour garantir une amélioration durable des rémunérations.


Cette convergence des préoccupations souligne l'importance du dialogue tripartite dans la recherche de solutions salariales équilibrées, capables de répondre aux exigences de justice sociale sans fragiliser le tissu économique.


Au-delà du bilan, l'un des principaux enjeux de cette rencontre était de préciser les perspectives de l'action de l'OIT en Côte d'Ivoire après la clôture du projet SAW, dont l'échéance est fixée au 31 décembre 2026.


Deux initiatives doivent notamment contribuer à prolonger les acquis : le Programme mondial de l'OIT sur les salaires vitaux et le projet SAW-A, consacré notamment à la fixation de salaires adéquats dans le secteur agricole.


Le Programme Salaires vitaux entend renforcer les connaissances et les outils permettant d'appréhender les niveaux de rémunération nécessaires à une vie décente. La présentation de ses principaux jalons, notamment le Wage Data Hub, doit également favoriser une meilleure compréhension des données salariales et de leur utilisation dans l'élaboration des politiques publiques.


L'expérience ivoirienne constitue, dans cette perspective, une contribution importante à cette dynamique internationale. Les enseignements tirés du projet SAW, particulièrement en matière de dialogue social, de production de données et d'approches sectorielles, pourront alimenter les réflexions et les interventions futures.

Le projet SAW-A devrait, pour sa part, permettre de poursuivre les travaux sur les salaires adéquats dans l'agriculture, un secteur stratégique pour l'économie ivoirienne et pour les revenus de nombreux ménages.


La réflexion engagée ne concerne pas uniquement les mécanismes de fixation des rémunérations. Elle porte également sur leur contribution à la durabilité des chaînes de valeur économiques.


À cet égard, les échanges avec le secteur privé, les initiatives intervenant dans le domaine des salaires et revenus vitaux ainsi que les organisations de travailleurs doivent permettre d'identifier des pistes d'action concrètes, notamment dans les filières agricoles.


 

L'enjeu consiste à mieux articuler les conditions de rémunération des travailleurs avec les impératifs de productivité, de compétitivité et de développement durable des entreprises.


À travers cette démarche, l'OIT entend encourager une responsabilité partagée entre les différents acteurs économiques et sociaux, afin que l'amélioration des conditions de travail et de rémunération devienne également un facteur de performance et de pérennité des activités économiques.


Au terme de cette cérémonie nationale, un constat s'impose : la clôture du projet SAW marque moins la fin d'une intervention que l'ouverture d'une nouvelle étape dans la réflexion sur les politiques salariales en Côte d'Ivoire.


La consolidation des mécanismes de dialogue social, l'exploitation des données fiables, le renforcement des compétences des partenaires sociaux et la mobilisation du secteur privé seront déterminants pour transformer les acquis techniques et institutionnels en progrès concrets pour les travailleurs et leurs familles.


Comme l'a rappelé Coumba Diop, « la justice sociale n'est pas la responsabilité d'un seul acteur, elle est une responsabilité partagée ».




Wassimagnon


Légende : Coumba Diop, directrice du Bureau de l’OIT couvrant la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso


 
 
  Par Koaci
 
 
 
 
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