Côte d'Ivoire : Bondoukou, imbroglio sur la purge des droits coutumiers pour la construction du CHU, une famille dénonce le jeu trouble de certaines autorités locales
Joseph Assalé en lunettes (.ph KOACI.)
Décidément, on en finira pas avec les conflits fonciers en Côte d’Ivoire. Un autre litige portant sur la terre suscite depuis quelques temps une levée de boucliers à Bondoukou où, trois entités, la famille Traoré du quartier Djiminisso de Bondoukou, la chefferie traditionnelle du village de Sanguéhi et la famille Broum de la même localité, se disputent une terre depuis 2022. Cette parcelle litigieuse dont une partie servira à construire le futur centre hospitalier universitaire (CHU) de Bondoukou, les antennes régionales de l’Institut national des agents de santé (INFAS) et de l’institut de la formation sociale (INFS) suscite une réelle convoitise. Et surtout depuis qu’il a été annoncé la purge des droits coutumiers, les appétits s’aiguisent. La tension monte de plus en plus. C’est dans ce cadre que le journaliste Joseph Assalé, correspondant de la Radio de la Paix, ex onucifm à Bouaké, a animé une conférence de presse le samedi 28 février 2026, pour dénoncer l’attitude de certaines autorités locales.
Le mardi 13 janvier 2026, le préfet de Bondoukou, M. Kouadio Gbongbo André, procédait à la remise de deux bordereaux de virements au chef du village de Sanguéhi, Nanan Gboko Kouamé Yéboua. L’un, d’un montant de 233 millions 186 mille francs représentant la purge des droits coutumiers des propriétaires terriens, et l’autre bordereau de virement évalué à 26 millions 252 mille 540 francs pour indemniser les producteurs agricoles (occupants) impactés dans le cadre de la construction du futur CHU de Bondoukou. L’Infrastructure est financée, à hauteur de 35 milliards de francs, dans le cadre du contrat C2D Santé.
Mais seulement voilà. La remise du bordereau de virement relative à la purge des droits coutumiers, intervient au moment où un conflit foncier qui oppose trois parties belligérantes n’a pas été définitivement vidé. Une situation que dénonce dans un point de presse, le journaliste Joseph Assalé, journaliste-correspondant de la radio de la paix, ex onucifm, porte-parole de la famille Traoré, une des trois parties prenantes dans le conflit. L’homme de média dit ne pas comprendre l’attitude du préfet de Bondoukou, M. Kouadio Gbongbo André qui, joint au téléphone le 12 janvier, aurait affirmé qu’un compte séquestre a été ouvert à la banque du trésor de Bondoukou où seront logés les fonds relatifs à la purge des droits coutumiers.
À la question de savoir que le contentieux n’étant pas encore vidé, mais comment l’argent de la purge des droits coutumiers sera-t-il payé ? Le préfet de Bondoukou a précisé selon le journaliste ceci : « J’ai ouvert un compte séquestre pour y loger les fonds destinés à payer la purge des droits coutumiers des propriétaires terriens qui semblent être opposés. Quand les propriétaires terriens seront tombés d’accord, ils pourront entrer en possession de leur dû qui se trouve logé à la banque du trésor de Bondoukou. » NDRL : n° RIB 10955340005.
« Mais contre toute attente, Koffi Boitini, le chef de la famille Broum du village de Sanguéhi, a retiré la semaine dernière, les fonds de la purge des droits coutumiers estimés à 233 millions de francs, alors même que le conflit foncier qui oppose les trois entités bélligérantes, la famille Traoré du quartier Djiminisso de Bondoukou, la famille Broum et le chef du village de Sanguéhi, est loin d’être réglé.» poursuit Joseph Assalé qui ajoute que pour le préfet de Bondoukou, M. Kouadio Gbongbo André, la terre litigieuse est la propriété de la famille Broum.
À en croire le confrère Joseph Assalé, l’administrateur civil dans un message écrit et à lui adressé le 13 janvier dernier, a justifié sa position en ces termes : «…Ma préoccupation, ce n’est pas de déterminer qui est propriétaire terrien ou non. Cela a été fait avant moi, avant mon arrivée à Bondoukou. J’ai trouvé sur place les documents. » aurait conclu le préfet Kouadio Gbongbo.
Et le journaliste Joseph Assalé, par ailleurs, porte-parole de la famille Traoré de renchérir : « Si tel était le cas, comme l’a annoncé M. Le préfet de Bondoukou, mais pourquoi donc, lesdits documents n’ont-ils pas été communiqués aux trois parties belligérantes dans le conflit afin d’édulcorer les ardeurs et les positions des uns et des autres ? Les documents dont parle le préfet de Bondoukou sont-ils frappés du sceau de la confidentialité au point où ils ne peuvent pas être présentés ? Qui a donc signé ces documents ? S’agit-il des préfets, Mrs Sory Sangaré ou Andjou Koua, les prédécesseurs de M. Gbongbo André ? À ma connaissance, ni le préfet Sory Sangaré, ni le préfet Andjou Koua, n’ont réglé définitivement le litige foncier qui nous oppose à la famille Broum et à la chefferie du village de Sanguéhi.»
Puis le confrère d’enfoncer le clou :
« Si avant la prise de fonction de M. le préfet Kouadio Gbongbo André en mai 2024, des documents attestaient la propriété de la famille Broum sur la terre litigieuse, pourquoi donc le roi des Brong a été sollicité le 9 juillet 2025 pour son arbitrage si le contentieux foncier avait été vidé ? » D’ailleurs, le journaliste Assalé a révélé que les membres de la famille Broum qui sont désormais divisés, se retrouveront ce lundi 02 mars 2026 (encore) devant le tribunal coutumier du royaume Brong au village d’Amanvi dans le cadre de ce conflit ? s’est interrogé le correspondant régional de la Radio de la Paix à Bouaké.
Détail important à souligner.
Au cours de la dernière rencontre que le préfet d’alors, M. Sory Sangaré a tenue le 3 novembre 2022 avec les parties en conflit, il a révélé avec force détail « avoir remis deux bouteilles de boissons Gyn à la famille Broum et au chef du village de Sanguéhi, à l’effet de faire une libation pour invoquer les esprits des mânes afin que ceux-ci désignent les vrais propriétaires des terres litigieuses, ceux-ci n’ont pas pu se soumettre à cette épreuve. Ils ont même détalé sans demander leur reste » a notifié le journaliste, faisant remarquer que c'est un signe tangible qu’aucune des deux parties n’est propriétaire terrien.
Bien plus, dit-il « le préfet Sory Sangaré a fait observer qu’aucune autorité coutumière ou une communauté à ce jour, ne peut posséder à elle seule plus de 300 hectares. Puis, l’administrateur civil a tranché pour dire que seuls les occupants des terres sont censés connaitre ceux qui les ont installés et par conséquent demeurent les propriétaires terriens. Fort à propos, ni la famille Broum, ni la chefferie du village de Sanguéhi, n’a installé les occupants des terres conflictuelles. Bien plus, le chef du village de Sanguéhi, Nanan Gboko Kouamé Yéboua, traduit par la famille Broum devant le tribunal coutumier du royaume Brong dans le village d’Amanvi le 09 juillet 2025, n’a pas été reconnu comme propriétaire terrien. Chose que nous affirmions depuis le début du conflit. Dans le même temps, au terme du procès, le tribunal coutumier a désigné la famille Broum comme étant propriétaire terrien. Une copie de cette décision a été transmise au préfet de Bondoukou, à qui, nous avons écrit pour exprimer notre mécontentement et protester par la même occasion contre cette décision du tribunal coutumier.»
« Tout cela s’est déroulé à notre absence et à notre insu, alors même que nous sommes partie prenante à ce conflit foncier. Nous avons écrit à Monsieur le préfet de Bondoukou pour dénoncer un deal qui se trame ainsi dans notre dos. Mais, aucune suite n’a été donnée à notre courrier. Pour dire vrai, il y a une volonté manifeste de certaines personnes à nous écarter, à nous clouer à la potence de boucher dans ce conflit foncier, parce que nous détenons la vérité » fait remarquer le journaliste.
D’autre part, notre confrère, porte-parole de la famille Traoré, s’est interrogé de savoir, qui des deux préfets, M. Sory Sangaré et M. Andjou Koua, prédécesseurs de l’actuel préfet de Bondoukou, a désigné dans les documents, la famille Broum comme étant propriétaire de la parcelle litigieuse ?
« Pour notre défense devant les tribunaux, nous prions M. le préfet Kouadio Gbongbo André, qu’il mette à notre disposition, les documents qui attestent depuis sa prise de fonction en mai 2024, la propriété de la famille Broum sur la terre litigieuse. Nous présumons que ces documents sont loin d’être frappés du sceau de la confidentialité et donc peuvent être communiqués. » a plaidé l’homme de média, avant de souligner que le préfet de Bondoukou, M. Kouadio Gbongbo André a précisé que son objectif est de sauver le projet de construction du futur CHU de Bondoukou.
Répondant à l’administrateur, le journaliste Joseph Assalé, a dans sa conférence de presse, contrattaqué pour dire que le projet de construction du CHU n’est pas en péril et ne souffre d’aucune anomalie pour qu’il soit sauvé ou sauvegardé. Bien plus, le projet de construction du CHU de Bondoukou constitue une bouffée d’oxygène pour les populations qui aspirent depuis des lustres, à la réalisation d’un tel projet salvateur. Lequel permettra d’améliorer sensiblement le plateau technique sanitaire du district autonome du Zanzan et surtout de mettre fin aux évacuations périlleuses des malades vers les hôpitaux d’Abengourou, d’Adzopé et d’Abidjan.
Puis, le journaliste Assalé qui défend les intérêts de la famille Traoré de faire la précision suivante: « Nous ne disons pas que nous sommes propriétaires des 353 hectares de terres litigieuses. Mais en revanche, nous revendiquons un peu plus de 90 hectares de terres qui nous reviennent, propriété de nos ancêtres » a martelé avec force détail l’ex journaliste de la radio Onucifm (Radio des Nations-Unies en Côte d’Ivoire).
Au demeurant, le confrère Joseph Assalé, a conclu pour dire qu’il a saisi le procureur de la République afin de bloquer le virement bancaire dans le cadre du paiement de la purge des droits coutumiers relatif au conflit foncier en question. Mais aux dernières nouvelles, l’argent aurait été retiré, alors même que le conflit continue de susciter une vive tension, parce que n’ayant pas été résolu définitivement à ce jour. Avec la complicité de qui, les fonds ont-ils été vidés de la banque du trésor de Bondoukou ? Certaines personnes ont même été déjà « récompensées » par Koffi Boitini, le porte-parole de la famille Broum pour leur appui, tandis que des promesses ont été faites pour satisfaire des autorités à qui, des espèces sonnantes et trébuchantes seront remises sous peu, si ce n’est déjà fait.
Face à cette situation, le journaliste Assalé dit avoir porté plainte. Il a par ailleurs assigné le chef du village de Sanguéhi, Nanan Gboko Yéboua et son notable Bini Yao Peter, devant les tribunaux pour destruction volontaire de 32 hectares de champs d’anacardiers et de complicité de sciage à façon. Cette plainte enregistrée en mars 2025 par la brigade de gendarmerie de Bondoukou, n’a été transférée au parquet de Bondoukou qu’en décembre dernier. L’on est toujours dans l’attente de la tenue du procès. « Nous exhortons les autorités compétentes pour la tenue de ce procès, afin que la vérité triomphe » a souhaité le journaliste.
Toutefois, le correspondant régional de la Radio de la paix à Bouaké, se dit ouvert au dialogue pour le règlement si possible de l’affaire à l’amiable de l’affaire, dans la perspective du maintien de la cohésion sociale et du renforcement de la coexistence pacifique entre les communautés dans la région du Gontougo.
T..K.Emile
tkemile@koaci.com
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