Côte d'Ivoire : Crise du cacao, le SYNAJAMCC-CI au président de l'OIA : « Ne vous laissez pas entraîner dans des logiques de compromission »
Le cacao ivoirien, pilier historique de l’économie nationale, traverse depuis quelques mois, une zone de turbulences marquée par de fortes tensions, des accusations graves et une demande croissante de transparence. Héritage direct de la politique agricole impulsée par feu Félix Houphouët-Boigny, ce secteur stratégique repose encore largement sur les efforts des producteurs, qui demeurent les premiers contributeurs à la richesse du pays.
Pourtant, derrière cette importance économique, une crise profonde semble s’installer, mettant en lumière des dysfonctionnements structurels et des pratiques contestées.
Malgré les réformes engagées ces dernières années, notamment sous l’égide du Conseil Café-Cacao, plusieurs zones d’ombre persistent. Dans une déclaration dont Koaci a reçu copie, le Syndicat national des jeunes agriculteurs modernes du café-cacao de Côte d'Ivoire ( SYNAJAMCC-CI) présidé par Alain De-Biallet, dénonce notamment une absence de transparence dans la gestion du fonds de réserve ainsi qu’un déficit notable de communication sur les mécanismes de stabilisation des prix.
La gestion des opérations d’enlèvement du cacao cristallise particulièrement les tensions. Selon ce syndicat en effet, les 280 milliards de FCFA mobilisés pour le déchargement de 123 000 tonnes de cacao n’ont fait l’objet d’aucune communication détaillée accessible aux principaux concernés que sont les producteurs. Une situation qu'il juge « inacceptable » dans un contexte où la gouvernance publique est censée s’aligner sur des standards modernes de transparence.
Des soupçons de pratiques illégales
Au-delà des dysfonctionnements, ce sont désormais de graves accusations qui émergent. Selon les investigations menées par le SYNAJAMCC-CI, certaines pratiques pourraient s’apparenter à du « margouillage » ou encore à un blanchiment de quotas.
Parmi les faits dénoncés figurent l’exclusion de coopératives jugées pourtant légitimes, l’attribution de quotas à des acteurs non éligibles et l’existence présumée de commissions illégales pouvant varier entre 200 et 1000 FCFA par kilogramme.
Dans sa déclaration, le syndicat évoque également la répartition des 60 000 tonnes restantes qui suscite de nombreuses interrogations, tout comme le fonctionnement de l’OIA, que certains accusent d’être accaparée par une seule structure au détriment de l’ensemble des acteurs de la filière. « Le silence de certains contrastent avec les dénonciations courageuses d'autres. L'histoire jugera », denonce-t-il.
Une gestion institutionnelle remise en question
Pour le SYNAJAMCC-CI, la gestion de cette crise par les institutions soulève également des critiques. « Le Conseil Café-Cacao, après avoir initialement nié l’existence de difficultés, a finalement reconnu la crise, alimentant les doutes sur sa capacité à anticiper et gérer efficacement les tensions », relève-t-il.
Cette volte-face selon ce syndicat, pose une question essentielle. « Les intérêts des producteurs sont-ils réellement protégés ? », se demande-t-il.
Tout en saluant la volonté politique du Chef de l’État et les efforts engagés en faveur des producteurs, le SYNAJAMCC-CI met en garde contre les dérives susceptibles de compromettre ces initiatives.
Un appel à la responsabilité et à l’intégrité
Dans ce contexte tendu, un appel direct est adressé à Siaka Diakité président de l'OIA, l'invitant à privilégier la transparence, la vérité et la justice, et à éviter toute forme de compromission. « Monsieur le président Siaka Diakité, ne vous laissez pas entraîner dans des logiques de compromission », a lancé le syndicat présidé par Alain De-Biallet.
Pour le SYNAJAMCC-CI, il est encore possible de restaurer la confiance, à condition de rompre avec les pratiques opaques et de réaffirmer les principes de bonne gouvernance.
Des revendications claires pour réformer la filière
Face à la situation, plusieurs exigences jugées non négociables ont été formulées par le SYNAJAMCC-CI a savoir : la transparence totale sur l’utilisation des 280 milliards FCFA,
la publication des critères d’éligibilité des bénéficiaires, la réalisation d’un audit indépendant à l’issue des opérations, la fin de toute forme d’impunité, l’organisation des États généraux de la filière café-cacao,
et une meilleure reconnaissance des acteurs lors des Journées Nationales du Café-Cacao.
Au-delà des revendications, le message est clair : les producteurs refusent désormais d’être marginalisés dans une filière dont ils constituent pourtant la base. Ils rejettent toute forme d’opacité, d’injustice et de confiscation des opportunités économiques.
« Défendre les producteurs, c'est défendre la République. Servir la vérité, c'est protéger l'avenir de notre pays », a conclu le SYNAJAMCC-CI.
Wassimagnon
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