Cameroun : Tribunal militaire, Aba'a Oyono engage des poursuites contre la gendarmerie pour arrestation musclée
Aba'a Oyono (Ph)
Jean Calvin Aba'a Oyono universitaire camerounais a décidé de porter l'affaire de son arrestation devant la justice militaire. Le 24 mars 2026, il a remis au Commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé un acte d'accusation circonstancié de quatre pages, visant plusieurs hauts gradés de la Gendarmerie nationale. Ce document engage la responsabilité pénale de ces officiers pour des faits survenus dans le cadre de leurs fonctions, apprend-on.
Arrestation nocturne
Tout commence le samedi 25 octobre 2025. Le pays sort à peine d'un cycle électoral tendu, et l'atmosphère politique reste lourde. Ce jour-là, le domicile du professeur, situé à Yaoundé, est investi par des agents cagoulés et lourdement armés, identifiés comme appartenant à la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE). L'universitaire affirme que ces hommes ont fait irruption chez lui sans présenter le moindre mandat - ni de perquisition, ni d'amener- violant ainsi les garanties fondamentales prévues par la procédure pénale.
Selon le récit qu'il livre dans sa plainte, il aurait été appréhendé avec brutalité, encagoulé, puis embarqué de force à bord d'un véhicule de type Pajero vers une destination non communiquée, et ce, sous les yeux de sa famille. Cette arrestation, décrite comme délibérément humiliante, aurait visé, selon ses propres termes, à « briser sa dignité d'homme et d'enseignant ».
Plus de six semaines derrière les barreaux
À la suite de cette arrestation, le professeur d’université a été placé en détention au Secrétariat d'État à la Défense (SED, quartier général de la gendarmerie nationale), où il est resté pendant 42 jours, sans qu'aucune inculpation formelle ne soit rendue publique. Ce n'est que le 5 décembre 2025 qu'il a recouvré la liberté. Une période d'isolement forcé qui l'a coupé de ses fonctions universitaires et de ses proches, et dont il entend désormais obtenir réparation.
La plainte déposée au Tribunal militaire énumère une série d'infractions graves : violation de domicile aggravée, arrestation et séquestration aggravées, abus de fonction, coaction, complicité, ainsi que menaces sous conditions. Ces chefs d'accusation visent directement plusieurs responsables hiérarchiques de la gendarmerie, que le document identifie nommément.
En parallèle, et quelques jours avant ce dépôt de plainte, Aba'a Oyono avait déjà engagé une démarche indemnitaire en adressant un recours gracieux préalable au Directeur général de la DGRE. Dans ce courrier, il réclame une indemnisation de trois milliards de francs CFA pour ce qu'il qualifie ouvertement de « kidnapping d'État » suivi d'une détention arbitraire prolongée.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
Infos à la une
