Cameroun: Bassek Ba Kobhio, le baobab du cinéma africain, s'est éteint à Yaoundé
Bassek Ba Kobhio (Ph)
Réalisateur, écrivain, bâtisseur d'institutions, le fondateur du festival Écrans Noirs est décédé le 12 mai 2026 à Yaoundé, à l'âge de 69 ans.
Le Cameroun et le monde du cinéma africain sont en deuil. Bassek Ba Kobhio, l'une des figures les plus emblématiques du septième art continental, est décédé dans la nuit du 12 mai 2026 à Yaoundé, des suites d'une maladie. Il avait 69 ans. L'annonce a été faite par l'Association Écrans Noirs, dont il était le Délégué Général, qui a exprimé son « immense douleur et profonde émotion » face à cette disparition.
Né le 1er janvier 1957 à Nindjé (Ndom), dans le département de la Sanaga-Maritime (région du Littoral), Bassek Ba Kobhio a très tôt conjugué les mots et les images pour raconter l'Afrique à elle-même et au monde. Après des études de sociologie et de philosophie, il occupe le poste de responsable des services de la cinématographie à Yaoundé, avant de se consacrer pleinement à la création.
«Son départ laisse un vide immense dans le paysage culturel africain et international » lit-on dans le communiqué officiel.
Son œuvre littéraire, déjà marquante dès les années 1980, lui avait valu une reconnaissance précoce : Les Eaux qui débordent (1984), Cameroun, la fin du maquis ? (1986) et Sango Malo : le maître du canton (1991), tous publiés aux éditions L'Harmattan, avaient posé les bases d'une voix singulière dans le paysage culturel camerounais.
C'est pourtant derrière la caméra que Bassek Ba Kobhio — surnommé affectueusement « BBK » — a forgé sa légende. Son film Sango Malo (1991) s'impose immédiatement comme une œuvre majeure en remportant le Prix du public au 2e Festival du cinéma africain de Milan en 1992. Suivent Le Grand Blanc de Lambaréné (1994), puis Le Silence de la forêt (2003), adaptation du roman éponyme d'Étienne Goyémidé, et enfin Gouverneurs de la Rosée (2018), son ultime long métrage.
Au-delà de ses propres réalisations, BBK s'est également illustré dans le cadre d'une série de courts-métrages initiés par l'ACCT (devenue Organisation Internationale de la Francophonie), tirés des fables de La Fontaine. Il y signe un savoureux La Poule aux œufs d'or.
Soucieux de former les générations futures, Bassek Ba Kobhio a également créé des classes de cinéma en partenariat avec les services de Coopération culturelle de l'Ambassade de France et de l'Unesco — une démarche pédagogique rare sur le continent.
Mais la contribution de Bassek Ba Kobhio dépasse la somme de ses films. En fondant le festival Écrans Noirs à Yaoundé, il a offert au cinéma africain une tribune pérenne, un espace de visibilité et de fraternité où les créateurs du continent pouvaient se retrouver, se confronter et célébrer leur art. Un geste fondateur, presque sacerdotal, qui aura façonné des générations de cinéphiles et de professionnels.
Sa stature internationale a été consacrée au fil des décennies par de nombreuses publications de référence, notamment dans le dictionnaire des cinémas d'Afrique (Karthala, 2000) et le dictionnaire des personnalités célèbres du monde négro-africain (Clé, 2004). En 2009, le magazine Jeune Afrique le comptait parmi les cinquante personnalités qui font le Cameroun.
Bassek Ba Kobhio laisse derrière lui une œuvre dense, un festival vivant, des classes de cinéma et une conviction intacte : que les histoires africaines méritent d'être racontées par des voix africaines, avec toute la dignité et l'ambition qu'elles exigent. Son nom restera gravé dans l'histoire du septième art continental.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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