Cameroun : Affaire employés fouettés dans les entrepôts chinois, quatre arrestations après la vidéo de torture
L'affaire des mauvais traitements infligés à des employés camerounais dans des structures commerciales chinoises connaît un nouveau développement. À la suite de la diffusion virale d'une vidéo montrant un employé camerounais se faire torturer à coups de fouet dans les entrepôts d’un supermarché de la capitale, les forces de l'ordre ont procédé à quatre arrestations dans ledit établissement commercial, situé au marché Elig-Edzoa.
Les faits
C'est le lanceur d'alerte connu sous le pseudonyme Nzuimento qui a rendu l'affaire publique en publiant sur les réseaux sociaux des images insoutenables : un employé camerounais fouetté à l'intérieur de la structure commerciale. La vidéo, rapidement devenue virale, a déclenché une réaction immédiate des autorités.
Le groupement de gendarmerie de Yaoundé 1, après exploitation de la vidéo, a confirmé que les faits relayés sont réels et se déroulent bien au supermarché Sino Mart, appartenant à un certain Yan Min, ressortissant chinois né le 19 juin 1997. Vers 18 heures, les éléments du groupement se sont rendus sur place et ont procédé à l'interpellation de deux personnes dans un premier temps : Lizina Taraima Justin, interprète camerounais en service au supermarché, et Yan Min, PDG de l'établissement.
Selon les informations recueillies par les enquêteurs, la victime identifiée — Ombé Boya Arnaud Lapatience — aurait été torturée par un militaire de la Brigade du Quartier General (BQGà affecté comme agent de sécurité dans la structure. Ce militaire, habillé et filmant la scène aux côtés de l'interprète Lizina Taraima (visible en rouge dans la vidéo), n'a pas encore été formellement identifié. Trois ressortissants chinois, membres de l'encadrement du supermarché, ont également été arrêtés pour avoir filmé la scène. Le bilan final s'établit donc à quatre arrestations, dont trois Chinois. Une enquête est ouverte.
Indignation
Le ministre du Travail et de la Sécurité Sociale a exprimé une « vive indignation » face aux images diffusées, soulignant que de tels agissements constituent une « violation flagrante des droits fondamentaux du travailleur », notamment de sa dignité et de son intégrité physique et morale, telles que garanties par la législation nationale et les conventions internationales ratifiées par le Cameroun.
Le ministre a rappelé qu'aucun employeur ne saurait se substituer à la loi ni recourir à des pratiques assimilables à des traitements inhumains ou dégradants dans le cadre des relations professionnelles. Des instructions fermes ont été immédiatement transmises à l'Inspection du Travail territorialement compétente pour diligenter une enquête approfondie. « Les responsabilités seront établies avec rigueur, et les auteurs de ces actes répondront de leurs faits conformément aux dispositions légales en vigueur », a-t-il affirmé.
Le ministre a par ailleurs appelé les employeurs au respect strict des normes du travail décent et exhorté les travailleurs à dénoncer, par les voies appropriées, tout abus ou maltraitance dont ils seraient victimes.
Problème structurel
Cette affaire est loin d'être isolée. Le personnel camerounais employé dans les structures commerciales et industrielles chinoises, libanaises et indiennes dénonce depuis des années des pratiques qu'il qualifie d'esclavagistes. Mais ces alertes répétées n'ont, jusqu'à présent, pas entraîné de réponse des autorités camerounaises.
Un autre aspect de l'affaire suscite l'indignation : c'est un militaire camerounais qui aurait administré les coups de fouet à la victime. Il s'inscrit dans une pratique plus large, régulièrement pointée du doigt, qui consiste pour des chefs militaires à affecter des soldats camerounais comme vigiles dans des entreprises privées chinoises — notamment les nombreuses sociétés d'exploitation forestière situées aux entrées de Yaoundé.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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