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Cameroun : Stade d'Olembé, la facture de 250 milliards FCFA que Piccini réclame rattrape les décideurs de 2019
 

Cameroun : Stade d'Olembé, la facture de 250 milliards FCFA que Piccini réclame rattrape les décideurs de 2019

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 08 septembre 2026 - 07:14

Mouelle Kombi Ministre des Sports (Ph)


À moins d'un mois d'une audience arbitrale à haut risque, le Cameroun s'apprête à connaître le prix réel d'une décision prise il y a six ans. Du 12 au 16 octobre 2026, le tribunal arbitral du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) tiendra une nouvelle session consacrée au litige qui oppose l'État camerounais au groupe italien Gruppo Piccini. En jeu : une créance réclamée par l'entreprise évincée du chantier du complexe sportif d'Olembé, évaluée à près de 250 milliards de francs CFA. Aucune sentence exécutoire n'a, à ce jour, été rendue -un point qu'il convient de rappeler, tant plusieurs médias camerounais ont récemment relayé, à tort, l'idée d'une condamnation « définitive » de l'État.


Rupture


Le contrat liant le Cameroun à Piccini pour la construction du stade d'Olembé, infrastructure phare de 60 000 places pensée pour la Coupe d'Afrique des nations 2021, avait été signé pour un montant initial de 163 milliards de francs CFA. Quatre ans plus tard, le 29 novembre 2019, le ministre des Sports et de l'Éducation physique de l'époque, Narcisse Mouelle Kombi, annonce la résiliation unilatérale du contrat. Le motif invoqué : des retards jugés incompatibles avec l'échéance de la CAN. Le marché est aussitôt repris par le canadien Magil Construction.



La décision est alors présentée comme un choix de fermeté, destiné à sauver le calendrier sportif du pays. Piccini, de son côté, conteste immédiatement la rupture, qu'elle estime abusive, affirmant que le contrat restait pleinement exécutable. Moins de 72 heures après l'annonce, le groupe italien menace de saisir la justice internationale. La procédure devant le CIRDI, instance d'arbitrage rattachée à la Banque mondiale, est lancée peu après.


Ce que l'on sait, ce que l'on ignore encore


 

Six ans plus tard, le dossier reste pendant. Le montant de 250 milliards de francs CFA correspond aux prétentions financières formulées par Piccini — une demande d'indemnisation, non une créance reconnue. Rien n'indique à ce stade quelle sera l'issue de l'audience d'octobre, ni si le tribunal validera l'intégralité, une partie, ou aucune des sommes réclamées. Le Cameroun, de son côté, oppose à l'entreprise italienne des griefs inverses : surfacturations, retards imputables au prestataire et malfaçons, autant d'éléments qui seront eux aussi soumis à l'appréciation des arbitres.



Ce flou entretenu — entre demande maximaliste d'un côté et défense étatique de l'autre — explique en partie la confusion qui a entouré le dossier ces derniers jours, plusieurs titres ayant présenté comme acquise une condamnation qui n'a, en l'état, pas été prononcée. Dans un contentieux aux enjeux financiers aussi lourds pour les finances publiques, cette approximation n'est pas anodine : elle brouille la perception d'un risque réel, encore incertain dans son ampleur exacte.


Qui répond de quoi ?


Au-delà du money-time judiciaire, c'est une autre question qui s'impose : celle de la reddition de comptes. Narcisse Mouelle Kombi n'a pas piloté seul l'ensemble des choix qui ont jalonné le chantier d'Olembé, de sa conception à ses multiples rebondissements contractuels. Mais il était bien à la manœuvre au moment de la décision la plus structurante du dossier — celle qui a ouvert la voie au contentieux aujourd'hui suspendu à une audience du CIRDI. Que le tribunal tranche en défaveur de l'État ou non, cette responsabilité de pilotage à un moment charnière ne disparaît pas.


Reste à savoir si un débat public à la hauteur de l'enjeu aura lieu. À ce jour, aucune audition publique, ni devant la Chambre des comptes ni devant l'Assemblée nationale, n'est venue éclairer les conditions exactes dans lesquelles la rupture de 2019 a été décidée, ni les alternatives qui avaient, le cas échéant, été écartées. Sollicité, le ministère des Sports n'a pas communiqué sur l'état d'avancement du dossier devant le CIRDI.


 

Si la sentence attendue à l'automne confirme tout ou partie des prétentions de Piccini, la facture - potentiellement l'une des plus lourdes jamais supportées par l'État camerounais dans un contentieux d'investissement -retombera sur le contribuable, sans qu'aucun mécanisme n'ait, pour l'heure, été prévu pour identifier les responsabilités précises dans la chaîne de décision. C'est cette question, plus que le seul montant, que l'audience d'octobre devrait remettre sur la table.



-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com


 
 
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