Côte d'Ivoire : À Amsterdam, Abidjan veut accélérer la transformation de son agriculture et mieux rémunérer ses producteurs
La Côte d’Ivoire veut donner un nouvel élan à sa coopération avec le Common Fund for Commodities (CFC). À Amsterdam, où se tient depuis le mardi 15 septembre 2026 la 82ᵉ réunion du Conseil d’administration de l’institution, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a porté un message clair : mobiliser davantage de financements, développer la transformation locale et faire en sorte que les producteurs profitent davantage de la richesse créée par les filières agricoles.
Pour le ministre, l’enjeu n’est plus seulement de produire et d’exporter. La Côte d’Ivoire veut désormais aller plus loin en donnant davantage de valeur à ses matières premières avant leur commercialisation. Une orientation qu’il a défendue à l’occasion de sa première participation aux travaux du Conseil d’administration du CFC depuis son entrée en fonction.
Lors de ses échanges avec le directeur général du Fonds, Sheikh Mohammed Belal, Bruno Koné a notamment plaidé pour une coopération plus ambitieuse, tournée vers des projets capables de produire des résultats concrets sur le terrain. Les deux parties ont évoqué la possibilité de mettre en place de nouveaux mécanismes de cofinancement et de partage des risques afin d’attirer davantage de capitaux vers l’agriculture ivoirienne et les activités de transformation.
Le CFC connaît déjà le terrain ivoirien. L’institution indique avoir accompagné 31 projets dans différentes filières agricoles du pays. Elle souhaite poursuivre cet appui en direction des entreprises, des coopératives et des autres acteurs qui participent au développement des chaînes de valeur.
Sur la table figurent plusieurs priorités : mécaniser davantage les exploitations, améliorer l’accès à l’eau, accroître la productivité, moderniser les plantations, faciliter leur renouvellement, renforcer les capacités de stockage et de formation, mais aussi mieux sécuriser le foncier rural. La transformation des matières premières occupe également une place centrale dans les discussions.
Le cacao illustre particulièrement cette volonté de changer de modèle. L’ambition présentée par le CFC est de progresser « de la fève à la marque », autrement dit de ne plus se limiter à l’exportation de la matière première, mais de développer une industrie capable de produire localement davantage de beurre, de poudre, d’ingrédients, de chocolat, de cosmétiques et d’autres produits dérivés.
Les possibilités ne s’arrêtent pas aux fèves. La valorisation de la pulpe et des autres sous-produits du cacao apparaît également comme une piste intéressante. Selon les informations communiquées lors des échanges, un projet de fabrication de boissons à partir de pulpe de cacao bénéficie déjà d’un soutien du CFC, avec un financement annoncé de 650 000 euros.
Mais derrière cette volonté de transformer davantage, le gouvernement ivoirien veut éviter que le producteur soit oublié. Pour Bruno Koné, l’augmentation de la valeur ajoutée n’a de véritable intérêt que si elle améliore aussi les conditions de vie de ceux qui travaillent dans les plantations.
« Sans le producteur, toute la chaîne ne peut exister », a-t-il déclaré, appelant à une meilleure répartition de la valeur créée tout au long des chaînes agricoles.
La question de la durabilité et de la traçabilité a également été abordée. La Côte d’Ivoire doit répondre à des exigences croissantes sur les marchés internationaux, tout en veillant à ne pas fragiliser les revenus des producteurs. Dans ce contexte, le ministre souhaite que le CFC puisse jouer un rôle de trait d’union entre les pays producteurs, les marchés de consommation et les différents acteurs des filières.
Le Fonds propose par ailleurs d’aller au-delà du financement de projets isolés en accompagnant la Côte d’Ivoire dans l’élaboration d’une stratégie nationale intégrée des produits de base. L’idée serait d’avoir une vision plus globale, depuis la production jusqu’à la mise sur le marché, afin d’identifier les filières présentant le plus fort potentiel et de préparer des projets suffisamment solides pour attirer les investisseurs.
Cette réflexion pourrait également rapprocher davantage le gouvernement ivoirien, le CFC et l’Organisation internationale du cacao (ICCO), dont le siège se trouve à Abidjan. L’objectif est de mettre en commun les compétences, les capacités de financement et les priorités nationales.
En marge des travaux, Bruno Koné a poursuivi les rencontres avec différents acteurs intéressés par la valorisation du cacao ivoirien. Il s’est notamment entretenu avec Paul Pierinelli, président du Salon du Chocolat et des Délices Corses, ainsi qu’avec le footballeur ivoirien Simon Adingra, qui évolue à l’Ajax d’Amsterdam.
À Amsterdam, les discussions auront donc surtout permis de poser les bases d’une coopération appelée à prendre une dimension plus concrète. Pour la Côte d’Ivoire, l’objectif est désormais de transformer davantage sur place, attirer de nouveaux financements et surtout faire en sorte que la croissance des filières agricoles se traduise par de meilleurs revenus pour les producteurs.
Jean Chresus
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