Côte d'Ivoire : départ à la retraite des hauts responsables ? L'ANADGI voit son plaidoyer trouver un écho auprès d'Alassane Ouattara
Dougrou
La question du maintien en fonction des responsables ayant atteint l’âge légal de départ à la retraite revient au centre de l’actualité en Côte d’Ivoire. Le président de la République, Alassane Ouattara, à en croire Jeune Afrique aurait décidé de mettre un terme aux prorogations systématiques accordées à certains hauts fonctionnaires, dirigeants d’entreprises publiques, responsables d’institutions et officiers supérieurs.
Une orientation qui pourrait marquer un tournant dans la gestion des carrières au sein de l’administration ivoirienne et qui rejoint les revendications défendues depuis plusieurs mois par l’Alliance nouvelle des agents de la Direction générale des impôts (ANADGI).
Dans les rangs de l’administration fiscale, cette question est loin d’être nouvelle. L’ANADGI en a fait l’un de ses principaux chevaux de bataille, dénonçant régulièrement le maintien en poste d’agents ayant déjà fait valoir leurs droits à la retraite. Pour cette organisation, cette situation constitue un frein au renouvellement des cadres et limite les possibilités de promotion des agents remplissant les conditions d’accès aux postes de responsabilité.
Son engagement a notamment pris une nouvelle dimension avec le lancement, le 15 octobre 2026, de l’opération KABADOUGOU, saison 3. À travers cette initiative, l’Alliance entend obtenir le départ effectif de tous les agents admis à la retraite mais toujours en fonction à la Direction générale des impôts (DGI). Une démarche qui s'inscrit dans une revendication plus large : faire respecter les règles de départ à la retraite, libérer les postes occupés et permettre à une nouvelle génération de cadres de prendre ses responsabilités.
Le secrétaire général de l'ANADGI, Michael Dougrou, défend cette position au nom de l'équité professionnelle et du renouvellement des compétences. L'organisation ne remet pas en cause le parcours des anciens responsables, dont elle reconnaît la contribution à la construction de l'administration fiscale et à la formation de nombreux agents. Elle estime cependant que l'expérience acquise doit désormais servir à accompagner la relève plutôt qu'à justifier un maintien prolongé dans les fonctions.
Cette bataille syndicale s'est également accompagnée d'un plaidoyer en faveur de l'application effective du profil de carrière à la DGI. L'ANADGI considère que les départs à la retraite doivent permettre de débloquer les perspectives d'avancement et de donner leur chance aux agents qui attendent d'accéder à des responsabilités.
L'information relative à la nouvelle orientation présidentielle prend ainsi une résonance particulière au regard de ce combat. Selon les informations rapportées sur la décision d'Alassane Ouattara, les reconductions ne devraient plus être systématiques cette année. Les situations des hauts responsables concernés seraient désormais examinées avec davantage de rigueur, tandis que certains postes stratégiques pourraient connaître des changements. Les responsables du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC) et de l'Inspection générale d'État (IGE) figurent notamment parmi les personnalités évoquées.
Si cette orientation se confirme dans sa mise en œuvre, elle pourrait donner une portée plus large à une revendication longtemps portée par l'ANADGI au sein de l'administration fiscale. Le débat ne concernerait alors plus uniquement la DGI, mais toucherait l'ensemble de l'appareil administratif et institutionnel ivoirien.
Pour l'ANADGI, l'enjeu dépasse la question de l'âge des responsables. Il s'agit de créer les conditions d'une meilleure mobilité professionnelle, de valoriser les compétences disponibles et de préparer la transmission des responsabilités. En filigrane, son combat pose une question essentielle : comment garantir le renouvellement des cadres sans sacrifier l'expérience des générations qui les ont précédés ?
Entre les revendications de l'ANADGI et l'orientation désormais prêtée au chef de l'État, la question du départ effectif à la retraite s'impose comme un véritable sujet de gouvernance publique. Reste à savoir comment cette volonté se traduira concrètement dans les différentes administrations et si les postes libérés permettront effectivement d'accélérer le renouvellement des équipes.
Jean Chresus, Abidjan
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