Côte d'Ivoire : Après deux trêves sociales, le G8 se met en ordre de bataille pour les futures négociations de 2027
À quelques mois de l’échéance de la deuxième trêve sociale couvrant la période 2022-2027, les huit organisations syndicales réunies au sein du G8 ont engagé une réflexion stratégique sur le bilan des accords conclus avec le gouvernement et les perspectives des prochaines négociations.
Réunis du 29 au 31 octobre 2026 à N’SA Hôtel, à Grand-Bassam, une cinquantaine de responsables syndicaux, négociateurs et formateurs prennent part à un atelier de renforcement des capacités consacré à la maîtrise des mécanismes du dialogue social, à l’évaluation des acquis des deux trêves sociales et à la préparation d’une nouvelle approche de négociation collective. Une initiative saluée par le ministère de la Fonction publique, qui réaffirme son attachement à un dialogue social structuré, responsable et permanent.
Préparer les prochaines négociations en consolidant les acquis du dialogue social. C’est le principal enjeu de l’atelier organisé par les huit organisations syndicales signataires des protocoles d’accord portant trêve sociale de 2017-2022 et de 2022-2027. Cette rencontre de trois jours, qui se tient à Grand-Bassam, vise à renforcer les compétences des acteurs syndicaux en matière de gestion préventive et pacifique des conflits professionnels, mais également à poser les bases d’une démarche concertée en prélude aux futures discussions avec le gouvernement.
L’atelier réunit cinquante participants, dont quarante négociateurs issus des huit organisations syndicales, à raison de cinq représentants par organisation, huit premiers responsables du G8 intervenant en qualité de formateurs, ainsi que deux personnes ressources chargées d'appuyer les travaux.
Depuis 2017, l’État de Côte d’Ivoire et les organisations syndicales regroupées au sein du G8 ont fait le choix de privilégier le dialogue et la négociation comme principaux instruments de règlement des différends professionnels dans l’administration publique.
Cette dynamique a notamment favorisé la mise en place de plusieurs mécanismes institutionnels, dont le Comité de dialogue social dans la Fonction publique (CDS-FP), le Comité sectoriel de dialogue social (CSDS), institué par le décret n° 2022-829 du 26 octobre 2022, ainsi que le Comité de suivi du protocole d’accord portant trêve sociale 2022-2027 auprès de la Primature. Elle a également contribué à la réactivation du Comité consultatif de la Fonction publique.
Toutefois, malgré ces avancées, des mouvements de grève et des revendications initiées aussi bien par certaines organisations membres du G8 que par des syndicats non affiliés ont été enregistrés depuis la signature de la deuxième trêve sociale.
Pour les responsables du G8, ces tensions traduisent notamment une appropriation encore insuffisante des instruments du dialogue social, un déficit de formation syndicale de base et la persistance, dans certains milieux, d'une culture de confrontation comme mode privilégié de règlement des conflits.
Face à cette situation, le renforcement des capacités des responsables syndicaux apparaît comme une réponse prioritaire. Il s'agit de faire du dialogue social un véritable réflexe dans les organisations syndicales et de mieux outiller leurs représentants pour anticiper, prévenir et résoudre les conflits professionnels.
Prenant la parole au nom du G8, Soro Mamadou, secrétaire général de la Centrale syndicale Humanisme et porte-parole du regroupement, a situé les enjeux de cette rencontre dans une perspective de consolidation du dialogue social et de préparation de l'échéance de 2027.
Il a expliqué que cet atelier constitue une occasion pour les organisations syndicales de procéder à leur propre évaluation des deux trêves sociales, notamment en examinant les acquis obtenus, les engagements pris, les insuffisances constatées et les perspectives à envisager.
Pour le porte-parole du G8, l'objectif est également de renforcer les capacités des négociateurs en matière de négociation collective, afin de parvenir à une meilleure formulation des préoccupations des fonctionnaires et agents de l'État. Le recueil des revendications devra, selon lui, tenir compte des réalités du paysage syndical actuel et des différentes familles d'emplois de l'administration publique ivoirienne.
Au-delà du bilan, Soro Mamadou a insisté sur la nécessité de rendre les mécanismes institutionnels de dialogue social plus fluides, plus dynamiques et davantage accessibles à l'ensemble des acteurs.
Il a notamment annoncé la volonté du G8 d'engager un processus de concertation interne avec les différents groupements et syndicats, en vue de recueillir leurs préoccupations, d'identifier les structures avec lesquelles des échanges devront être organisés et d'élaborer un calendrier de travail inclusif.
« Nous voulons travailler avec ces participants pour que cette méthodologie puisse être inclusive », a-t-il indiqué, précisant que les travaux devront déboucher sur un agenda de concertation et un recueil des préoccupations représentatif du mouvement syndical.
La synthèse des réflexions sera ensuite transmise à la ministre d'État, ministre de la Fonction publique et de la Modernisation de l'administration, afin d'alimenter les prochaines discussions.
Pour Soro Mamadou, cette rencontre marque ainsi le début d'un processus d'échanges et de dialogue au sein même du mouvement syndical, préalable indispensable à une préparation efficace des futures négociations avec le gouvernement.
Il a, par ailleurs, exprimé sa reconnaissance à la ministre d'État pour avoir dépêché son représentant à cette rencontre, y voyant un signe de l'intérêt accordé par les autorités au renforcement du dialogue social.
L'ouverture des travaux a également été marquée par un moment de recueillement en mémoire de Nyepé Raymond, ancien responsable syndical au ministère du Tourisme et membre de l'équipe des quarante négociateurs ayant pris part aux discussions de 2022.
À l'invitation de Soro Mamadou, les participants ont observé une minute de silence en hommage à ce militant syndical, dont l'engagement au sein du mouvement a été salué.
Le porte-parole du G8 a adressé ses condoléances à la famille syndicale de l'Union nationale des travailleurs de l'administration, des collectivités territoriales et des établissements publics de Côte d'Ivoire (UNATERCI), ainsi qu'à son premier responsable, Yves Kodibo.
Représentant la ministre d'État, ministre de la Fonction publique et de la Modernisation de l'administration, l'Inspecteur général, Gah Simplice a salué l'initiative du G8 et transmis les salutations fraternelles de la ministre aux participants.
Il a également présenté les condoléances du ministère à la famille syndicale de l'UNATERCI, avant d'exprimer sa reconnaissance aux responsables du G8 pour les marques d'estime et de considération à son endroit.
Dans son allocution d'ouverture, le représentant de la ministre a particulièrement insisté sur la portée des trêves sociales conclues depuis 2017.
Rendant hommage à la maturité des huit organisations syndicales, il a souligné leur choix de privilégier la concertation permanente plutôt que l'affrontement systématique.
Rappelant une déclaration faite par la ministre d'État le 30 septembre dernier, à l'occasion de la rentrée officielle du dialogue social à l'Immeuble de la Fonction publique, Gah Simplice a tenu à préciser que la trêve sociale n'a jamais eu pour vocation de faire taire les revendications légitimes des travailleurs ni de limiter la liberté d'expression syndicale.
« La trêve sociale est, avant tout, un contrat de méthode », a-t-il rappelé, mettant en avant la négociation responsable, l'instruction rigoureuse des dossiers et le respect mutuel comme fondements d'une amélioration durable des conditions de vie et de travail des fonctionnaires et agents de l'État.
S'il a reconnu les acquis enregistrés depuis 2017 et consolidés dans le protocole d'accord 2022-2027, l'Inspecteur général a néanmoins relevé certaines tensions observées dans le paysage social récent.
Selon lui, ces difficultés sont notamment liées à un déficit d'imprégnation et de formation syndicale chez certains acteurs, qui continuent de considérer la confrontation directe comme le principal moyen de faire aboutir leurs revendications.
Il a ainsi présenté l'atelier de Grand-Bassam comme une réponse à cet enjeu de formation et de responsabilisation des acteurs syndicaux.
S'adressant particulièrement aux quarante négociateurs du G8, Gah Simplice les a invités à s'approprier pleinement le contenu, les acquis et les implications du protocole d'accord 2022-2027, afin de devenir de véritables ambassadeurs du dialogue social auprès de leurs bases respectives.
Il les a également exhortés à harmoniser leurs méthodes de négociation sectorielle, à dresser un bilan objectif de la trêve sociale en cours, à identifier les difficultés d'exécution et à anticiper les préoccupations qui devront être prises en compte dans les négociations de 2027.
Le représentant du ministère a, en outre, évoqué les perspectives de régionalisation des comités sectoriels de dialogue social au sein des différents départements ministériels, ainsi que les projets structurants destinés à améliorer les conditions de vie des travailleurs, notamment celui de la construction de la Maison du Travailleur.
Réaffirmant la volonté du gouvernement de respecter ses engagements, il a cité les annonces relatives à la tenue des sessions du Comité consultatif de la Fonction publique, à la réunion du Comité de dialogue social et à la relance effective des comités sectoriels.
Autant de dispositions qui, selon lui, témoignent de la détermination des autorités à maintenir un cadre de concertation vivant, transparent et structuré.
C'est sur cet appel à la responsabilité, à la franchise et à la prospective qu'il a officiellement déclaré ouverts les travaux de l'atelier, au nom de la ministre d'État.
Un programme axé sur la formation, la concertation et la préparation de 2027
Au-delà des discours officiels, les travaux s'articulent autour d'un programme dense, conçu pour permettre aux participants de renforcer leurs connaissances et de dégager des orientations communes.
La première journée, jeudi 29 octobre, a été consacrée à une réunion de haut niveau des huit premiers responsables du G8, destinée à examiner les principales questions stratégiques liées à la vie du regroupement et à la préparation des prochaines négociations.
Les journées suivantes sont consacrées à la formation des quarante négociateurs, sous la conduite des huit responsables du G8.
Plusieurs communications sont inscrites au programme. Elles portent notamment sur les acquis et les implications des protocoles d'accord de 2017-2022 et de 2022-2027, la composition et le rôle du Comité consultatif de la Fonction publique, ainsi que ceux des comités sectoriels de dialogue social.
Les participants sont également appelés à approfondir les stratégies de renforcement de la cohésion entre le G8 et les syndicats de base, ainsi que la place du dialogue social comme instrument pertinent de recherche de solutions aux préoccupations des fonctionnaires et agents de l'État.
D'autres communications concernent la formation des responsables syndicaux, avec l'examen et l'adoption de modules pédagogiques destinés à améliorer les compétences des acteurs de terrain.
Un volet important sera consacré à l'identification des différents groupements et syndicats, à l'élaboration d'un agenda de discussions avec ces structures et à la définition d'une méthodologie de concertation. L'objectif est notamment de sensibiliser les syndicats de base à la nécessité du respect du protocole d'accord, de recueillir leurs préoccupations et de préparer les prochaines discussions.
Le programme prévoit également le recueil des revendications transversales, ainsi qu'une présentation du projet de construction de la Maison du Travailleur, appelé à constituer un cadre de référence pour une meilleure prise en compte des préoccupations des travailleurs.
Enfin, les travaux doivent s'achever par la lecture et l'adoption d'un rapport général de synthèse, accompagné d'une motion de remerciement à l'endroit de la ministre d'État.
Au terme de cette rencontre, les organisateurs ambitionnent de disposer d'un premier projet de recueil des préoccupations des fonctionnaires et agents de l'État, d'un bilan partagé des deux trêves sociales et d'une méthodologie consensuelle pour les futures négociations.
Les participants devront également avoir une meilleure maîtrise du protocole d'accord 2022-2027, des mécanismes institutionnels du dialogue social et des responsabilités qui leur incombent dans la préservation du climat social.
À travers cette initiative, le G8 entend manifestement prendre les devants en préparant méthodiquement l'après-trêve sociale 2022-2027. L'enjeu est de parvenir à des négociations mieux structurées, plus inclusives et davantage représentatives des attentes des travailleurs.
Car, au-delà des engagements formalisés dans les protocoles d'accord, la consolidation du dialogue social ivoirien dépendra aussi de la capacité des organisations syndicales et du gouvernement à entretenir durablement la confiance, à privilégier la concertation et à transformer les revendications en solutions négociées.
À Grand-Bassam, le G8 pose ainsi les jalons d'une nouvelle étape du dialogue social, avec une ambition clairement affichée : faire de la négociation collective le principal moteur de prévention et de résolution des conflits professionnels dans l'administration publique ivoirienne.
Wassimagnon
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