Cameroun : Guerre du Scanning au Port de Douala, le DG du PAD suspend partiellement les activités de Transatlantic D
Selon une lettre confidentielle datée du 16 février 2026, Cyrus NGO'O, Directeur Général du Port Autonome de Douala (PAD), a mis brutalement fin, - du moins provisoirement - à l'une des controverses les plus vives du secteur portuaire camerounais de ces derniers mois. Transatlantic D. S.A., nouvel opérateur exclusif du scanning des conteneurs au port de Douala-Bonabéri depuis janvier 2026, se voit partiellement suspendue dans l'exécution de son contrat de concession, sur instruction directe du gouvernement. Derrière cette décision administrative aux allures feutrées se cache une bataille économique aux enjeux considérables.
Deux opérateurs, une guerre ouverte
Tout commence à la fin de l'année 2025. Le Port Autonome de Douala signe, le 25 novembre 2025, un contrat de concession avec Transatlantic D. S.A., lui confiant l'inspection intégrale par scanner des flux import/export transitant par le port de Douala-Bonabéri. Cette mission stratégique — qui conditionne la sécurité, la lutte contre la fraude douanière et le suivi des marchandises — était jusqu'alors assurée par SGS S.A., multinationale helvético-genevoise de référence dans le domaine de l'inspection et de la certification.
La passation entre les deux opérateurs aurait dû être une simple transition technique. Elle se transforme en un conflit ouvert. La cohabitation entre SGS — qui n'avait pas encore totalement quitté le terrain — et Transatlantic D crée rapidement des dysfonctionnements opérationnels majeurs : files d'attente allongées, chevauchements de compétences, tensions entre équipes, ralentissement du traitement des conteneurs. Des perturbations qui, dans un port qui représente plus de 95 % du commerce extérieur camerounais, ont des répercussions économiques immédiates et considérables.
L'ultimatum du Gecam
Face à cette situation de blocage, les acteurs économiques privés ne restent pas silencieux. Le 13 février 2026, le Groupement des Entreprises du Cameroun (Gecam, le patronat du Cameroun) adresse une correspondance formelle au Ministre des Finances, posant un ultimatum sans équivoque : si la situation au port n'est pas clarifiée et normalisée dans les plus brefs délais, le groupement menace de bloquer les opérations portuaires. Un signal fort, rarement vu dans l'histoire récente du secteur portuaire camerounais, qui traduit le niveau de pression atteint par les opérateurs économiques.
Cette lettre du GECAM, citée en référence dans le courrier du PAD, constitue le déclencheur immédiat de la décision gouvernementale. Elle vient s'ajouter à la lettre n° B70/d-27/SG/PM du 30 janvier 2026, émanant des services du Premier Ministre, Chef du Gouvernement.
La lettre confidentielle du 16 février, suspension partielle, message total
C'est dans ce contexte tendu que le DG du PAD adresse le 16 février 2026 une lettre marquée "CONFIDENTIEL" (n° 000128-Z4/DG/PAD) au Directeur Général de Transatlantic D. S.A. Le ton est formel, presque clinique, mais le message est sans ambiguïté : « Transatlantic D doit suspendre partiellement, à compter de ce jour et jusqu'à nouvel ordre, l'inspection intégrale par scanner des flux de conteneurs import/export. »
La société est toutefois autorisée à poursuivre ses opérations sur le reste des flux — trafic vrac solide non-conteneurisé, véhicules, conteneurs vides et hors-gabarit au Terminal à Conteneurs. Cette partition soigneusement délimitée suggère que le marché du scanning de conteneurs — le plus juteux, le plus stratégique — est temporairement rendu à une zone de flou, peut-être dans l'attente d'un retour de SGS sur ce segment, ou d'un arrangement tripartite.
La Présidence suit l'affaire : enjeux de souveraineté
Au-delà du PAD et du Ministère des Finances, c'est la Présidence de la République qui serait informée de l'évolution du dossier. Le scanning des conteneurs n'est pas une simple prestation logistique. C'est un instrument de sécurité nationale, de lutte contre le trafic de drogues et d'armes, et un levier central contre la fraude douanière qui prive l'État de milliards de FCFA chaque année. Confier cette mission à un opérateur est un acte politique autant qu'économique.
La montée en puissance de Transatlantic D. S.A. s'inscrit dans un contexte plus large de camerounisation progressive des grands contrats portuaires, un objectif affiché par les autorités depuis plusieurs années. Mais cette ambition se heurte à des réalités opérationnelles complexes qu'une transition insuffisamment préparée a mises à nu.
La question qui se pose désormais est simple : cette suspension est-elle une mise en pause technique pour calmer les tensions, ou le signe avant-coureur d'une révision plus profonde du contrat accordé à Transatlantic D ?
Un port sous pression, une région en attente
Le port de Douala-Bonabéri est le corridor vital par lequel transitent non seulement les marchandises du Cameroun, mais aussi celles de pays enclavés voisins — Tchad, Centrafrique,.... Toute perturbation de ses opérations se répercute en cascade sur les chaînes d'approvisionnement régionales. Les opérateurs économiques attendent désormais une clarification officielle et durable. Les semaines à venir seront déterminantes
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com
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