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Cameroun : Réforme constitutionnelle, la création du poste de vice-Président enflamme le débat politique
 

Cameroun : Réforme constitutionnelle, la création du poste de vice-Président enflamme le débat politique

 
 
 
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© Koaci.com - samedi 04 avril 2026 - 11:17


La scène politique camerounaise est en ébullition, depuis le dépôt, jeudi 02 avril 2026, du projet de loi n° 2094/PJL/P devant le Parlement, portant révision de la Constitution. Entre partisans d'une modernisation institutionnelle et farouches opposants dénonçant une manœuvre de confiscation du pouvoir, le débat fait couler beaucoup d'encre et de salive.


Au cœur du projet de loi soumis au Parlement se trouve une disposition qui cristallise toutes les tensions : le Vice-Président serait nommé par le Président de la République, et non élu au suffrage universel. Une architecture institutionnelle qui, pour ses défenseurs, renforcerait la continuité de l'État, mais qui pour ses détracteurs ouvre la voie à une succession dynastique orchestrée depuis le sommet.


C'est précisément sur ce point que Maurice Kamto, Président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), a tiré à boulets rouges dans une déclaration rendue publique le 03 avril 2026. Pour lui, le projet en cours n'est rien de moins qu'un «coup d'État constitutionnel et institutionnel», une formule choc qui résume l'ensemble de sa charge contre le régime RDPC.


Kamto, la captation du pouvoir


Dans sa déclaration, Maurice Kamto affirme que, la révision constitutionnelle en cours serait une «prise de pouvoir anticonstitutionnelle» déguisée en procédure légale. Il y dénonce ce qu'il appelle une «capture institutionnelle du pouvoir qui veut s'habiller d'une apparence de légalité».


Pour étayer son propos, le leader du MRC remonte à l'histoire constitutionnelle du pays. Il rappelle que le mécanisme envisagé n'est pas sans précédent : «Le Président de la République en fonction a remis en place le même mécanisme constitutionnel que celui par lequel la révision constitutionnelle faite en 1979 par le Président Ahmadou Ahidjo lui avait permis, en tant que Premier Ministre à l'époque, de devenir Président de la République.» La comparaison est cinglante et voulue. Sauf que cette fois, précise-t-il, la situation serait «en pire» : le Vice-Président devenu Président sans élection pourrait lui-même nommer un nouveau Vice-Président non élu, instaurant ainsi une chaîne de successions hors de toute sanction populaire.


 

Kamto va plus loin en qualifiant ce projet de «naufrage constitutionnel et politique», et non simplement d'une régression. Selon lui, derrière les quelques dispositions modifiées se cache «un bouleversement majeur des institutions de la République», aboutissant à l'installation d'«une monarchie républicaine d'assise constitutionnelle, à la dynastie héréditaire ou népotiste».


À l'Assemblée nationale, des amendements 


Pendant que Maurice Kamto crie au coup d'État institutionnel, d'autres acteurs politiques représentés au Parlement tentent d'infléchir le texte de l'intérieur. L'Honorable Joshua Osih, au nom du Social Democratic Front (SDF), et l'Honorable Ndjip Bienvenu du PCRN ont déposé une série d'amendements qui témoignent d'une vision radicalement différente de ce que devrait être le nouveau paysage institutionnel.


Le SDF introduit le concept de ticket présidentiel : le Président et le Vice-Président seraient élus conjointement sur un bulletin unique, au suffrage universel direct. En outre, les deux candidats devraient être d'origines régionales distinctes — l'un issu de l'ancien Cameroun Occidental, l'autre de l'ancien Cameroun Oriental — afin de garantir l'équilibre national. Cette proposition s'inscrit dans une tradition fédéraliste et représente une alternative claire au modèle de nomination unilatérale prévu par le gouvernement.


De son côté, le député Ndjip Bienvenu propose de limiter strictement le mandat présidentiel à sept ans, renouvelable une seule fois, une disposition visant à «favoriser l'alternance démocratique et réduire les risques de présidence à vie», selon l'exposé des motifs. Joshua Osih a également proposé une révision sémantique de la Constitution pour y intégrer la neutralité de genre, avec l'insertion systématique de la mention He (or She) pour toutes les prérogatives du Chef de l'État.


 Croisée des chemins


 

La réforme constitutionnelle en cours révèle, au fond, des fractures profondes sur la nature même du régime politique camerounais. D'un côté, un pouvoir exécutif qui entend modeler les institutions à sa convenance, sans élection ni référendum. De l'autre, une opposition qui oscille entre amendements parlementaires et dénonciation frontale, et une société civile appelée à se mobiliser.


Maurice Kamto, lui, a d'ores et déjà annoncé le lancement d'une pétition en ligne pour permettre aux Camerounais «sans considération de bord politique» de s'exprimer contre ce qu'il désigne comme un coup d'État constitutionnel. Il conclut sa déclaration par un appel solennel : «Le peuple souverain doit rester confiant et fort, et décider en définitive qui est le vrai Président de la République du Cameroun.»


Le poste de Vice-Président, bien parti pour voir le jour dans les prochains jours selon le calendrier parlementaire, s'annonce donc comme le symbole d'un bras de fer plus large : celui entre un régime déterminé à pérenniser sa mainmise sur les institutions, et une opposition résolue à ne pas se laisser dépouiller de la parole du peuple.


-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com


 
 
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