Côte d'Ivoire : Crise de chefferie à Thomasset, le ras-le-bol gagne les populations
Situé à environ sept kilomètres de la commune d’Anyama, sur l’axe Abidjan-Agboville, le village cosmopolite de Thomasset traverse depuis plusieurs années une profonde crise de chefferie qui fragilise la cohésion sociale et ralentit le développement local. Face à cette situation devenue préoccupante, les populations ont exprimé leur exaspération lors d’un grand rassemblement organisé le dimanche 17 mai 2026 à la place publique du village.
Initiée par le collectif des jeunes de Thomasset, cette mobilisation a réuni femmes, hommes, notables, sages et jeunes autour d’un même objectif : interpeller les autorités administratives et coutumières afin qu’une solution durable soit trouvée à ce conflit qui perdure depuis plusieurs années.
Dans une ambiance tendue mais maîtrisée, plusieurs intervenants ont dénoncé l’absence de décisions concrètes malgré les nombreuses rencontres de médiation organisées jusque-là. Pour les habitants, l’attente devient de plus en plus difficile à supporter.
Prenant la parole au nom de la jeunesse, Martin Zeba a lancé un appel au calme tout en exprimant le mécontentement des populations. Selon lui, les discussions engagées sous l’égide du sous-préfet d’Anyama entre les différentes parties n’ont toujours pas permis de sortir de l’impasse.
« Après plusieurs rencontres et des promesses faites après l’élection présidentielle de 2025, nous sommes toujours au même point », a-t-il regretté devant une foule attentive.
Au cœur des tensions figure le maintien à la tête du village de M. Kourahi Bertin, chef contesté par une partie des habitants après près de trente années de règne.
Les femmes dénoncent une gestion éloignée du village
La représentante des femmes, Yao Aby, a dénoncé une gouvernance qu’elle juge déconnectée des réalités quotidiennes de Thomasset. Elle reproche notamment au chef sortant de ne plus vivre dans le village depuis plusieurs années.
Selon elle, la localité serait administrée à distance depuis Abobo-Akéikoi, alors que les populations restent confrontées aux difficultés liées au développement et à la gestion communautaire.
De leur côté, les sages et anciens du village ont exprimé leur inquiétude face à la gestion du patrimoine foncier. Par la voix de leur représentant, Hié Adama, ils accusent le chef contesté d’avoir engagé depuis 2015 des opérations de remorcellement touchant plusieurs espaces communautaires, notamment le terrain de football et le foyer des jeunes.
Le patriarche a rappelé que le village avait été dirigé jusqu’en 1997 par le doyen Larba, fondateur et premier chef de Thomasset. Sous son autorité, un lotissement approuvé en mars 1980 avait été réalisé. Pour de nombreux habitants, les nouvelles opérations foncières menacent aujourd’hui les espaces collectifs et aggravent les tensions.
Les populations rappellent également que la première cérémonie de désignation d’un nouveau chef avait été suspendue par une note du sous-préfet d’Anyama en 2025. Une seconde tentative, prévue les 7 et 8 février 2026, avait elle aussi été interrompue par l’intervention des forces de l’ordre, notamment la gendarmerie et la police nationale.
Un appel au dialogue pour éviter l’escalade
Malgré la tension perceptible, les responsables communautaires ont insisté sur la nécessité de privilégier le dialogue. En clôture du meeting, le chef intérimaire, Kouman Yeboua, a exhorté les autorités administratives et coutumières à s’impliquer davantage afin de favoriser une sortie de crise pacifique et durable.
Après près de trois heures d’échanges, le rassemblement s’est achevé dans un calme précaire, laissant transparaître l’impatience grandissante des habitants.
À Thomasset, nombreux sont désormais ceux qui espèrent une intervention rapide des autorités compétentes afin de préserver la cohésion sociale et redonner au village sa stabilité d’autrefois.
Donatien Kautcha, Abidjan
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