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Côte d'Ivoire : Cacao, 1 200 FCFA ici, jusqu'à 2 900 FCFA ailleurs…, pourquoi comparer les prix ivoiriens aux prix étrangers peut être trompeur
 

Côte d'Ivoire : Cacao, 1 200 FCFA ici, jusqu'à 2 900 FCFA ailleurs…, pourquoi comparer les prix ivoiriens aux prix étrangers peut être trompeur

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 08 septembre 2026 - 20:24




La Côte d’Ivoire a ouvert, le 1er septembre, sa campagne de commercialisation du cacao avec un prix garanti bord champ de 1 200 FCFA le kilogramme. Depuis, les critiques se multiplient, certains estimant ce montant trop faible au regard des prix pratiqués dans d’autres pays producteurs. Mais derrière ces écarts se cachent deux modèles de commercialisation radicalement différents : la libéralisation, qui expose directement le producteur aux cours internationaux, et la stabilisation, qui privilégie la prévisibilité des revenus grâce aux ventes anticipées. Explications.


La fixation du prix garanti du cacao à 1 200 FCFA/kg en Côte d’Ivoire alimente depuis plusieurs jours le débat dans le pays. Pour certains acteurs et observateurs de la filière, ce niveau de rémunération apparaît insuffisant, notamment lorsqu’il est comparé aux prix pratiqués dans d’autres grands pays producteurs.


Une comparaison qui, à première vue, peut sembler évidente. Pourtant, elle mérite d’être replacée dans son contexte. Tous les pays producteurs n’ont pas fait le même choix en matière de commercialisation extérieure du cacao. Le système appliqué détermine en grande partie la manière dont le prix est fixé et, surtout, le niveau de risque supporté par le producteur.


Deux grandes approches se distinguent : le système libéralisé, fondé sur les cours du marché, et le système stabilisé, basé sur des ventes anticipées et un prix garanti.


Dans un système libéralisé, le prix payé au producteur n’est pas fixé à l’avance pour toute la campagne. Il évolue en fonction du marché international, notamment du prix « spot », c’est-à-dire du cours applicable au moment de la transaction.


Le principe est simple : le prix international monte, le producteur peut immédiatement bénéficier de cette progression. À l’inverse, lorsque les cours s’effondrent, il en subit directement les conséquences.


Chaque jour, le niveau des cours sert ainsi de référence aux transactions. Le producteur doit ensuite négocier avec les différents acteurs de la chaîne, notamment les pisteurs, les acheteurs et les exportateurs.


En théorie, il peut également décider de vendre directement son cacao à un exportateur au port, sans passer par les intermédiaires. Une telle démarche suppose toutefois de disposer des moyens nécessaires pour assurer le transport, le contrôle de la qualité et la logistique de livraison.


Le principal avantage du système libéralisé est donc sa réactivité. Lorsque les cours internationaux flambent, le producteur peut en profiter immédiatement. Mais cette liberté a une contrepartie : il ne bénéficie d’aucun filet de sécurité lorsque le marché se retourne.


Pourquoi plusieurs pays ont-ils choisi ce modèle ?


Le Cameroun, le Nigeria, l’Équateur, le Brésil, la Colombie ou encore le Pérou figurent parmi les pays ayant opté pour des mécanismes davantage libéralisés dans la commercialisation de leur cacao.


Ce choix tient notamment à la place différente occupée par cette matière première dans leurs économies. Dans plusieurs de ces pays, le cacao ne représente pas un secteur aussi déterminant pour les revenus nationaux et l’équilibre social qu’en Côte d’Ivoire ou au Ghana.


Les volumes de production diffèrent également. L’Équateur produit aujourd’hui plus de 550 000 tonnes par campagne, tandis que le Brésil, la Colombie, le Pérou, le Nigeria et le Cameroun affichent des volumes inférieurs selon les campagnes.

En Amérique latine, la structuration de la filière est également différente. Une partie de la production est portée par des organisations de producteurs et des exploitations disposant parfois de superficies importantes, ce qui peut donner aux producteurs une capacité de négociation différente de celle des millions de petits exploitants qui caractérisent notamment les filières ivoirienne et ghanéenne.


Côte d’Ivoire et Ghana : le pari de la stabilisation.


La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui figurent parmi les deux premiers producteurs mondiaux de cacao, ont fait un choix différent : la stabilisation de la commercialisation extérieure.

Cette orientation s’explique par le poids économique, social et politique du cacao dans ces deux pays.


 

En Côte d’Ivoire comme au Ghana, des millions de personnes dépendent directement ou indirectement de la filière. Le cacao constitue une source essentielle de revenus pour les populations rurales et joue un rôle majeur dans l’économie de nombreuses régions productrices.


Le système stabilisé repose notamment sur les ventes anticipées. Le principe consiste à vendre à l’avance une partie du cacao attendu pour la campagne suivante afin de déterminer un prix garanti au producteur.


Une fois ce prix arrêté, celui-ci reste stable pendant la campagne, indépendamment des fluctuations quotidiennes du marché international.


Ce mécanisme présente un avantage majeur : la visibilité. Le planteur sait, au début de la campagne, à quel prix il pourra vendre sa production. Si les cours mondiaux s’effondrent en cours de saison, il conserve son prix garanti. En revanche, si les prix internationaux connaissent une forte progression après la fixation du prix, le producteur ne bénéficie pas immédiatement de cette hausse. C’est donc un choix entre sécurité et exposition au marché.


Dans le système libéralisé, le producteur accepte le risque de la baisse pour pouvoir profiter rapidement de la hausse. Dans le système stabilisé, il renonce à une partie des gains potentiels à court terme en échange d’une protection contre les retournements brutaux du marché.


Les deux systèmes restent néanmoins liés aux cours internationaux. À terme, l’évolution du marché mondial influence le niveau des prix pratiqués dans les différents pays, même si le calendrier de transmission de cette évolution au producteur varie.


L’évolution récente des prix au Cameroun illustre les risques liés à une forte exposition aux fluctuations internationales. Entre septembre-octobre 2025 et janvier 2026, le prix d’achat du cacao y serait passé d’environ 5 000 FCFA à 1 600 FCFA/kg, selon les données avancées dans le débat sur la filière.


Cette chute brutale aurait fortement affecté les producteurs, certains allant jusqu’à envisager ou procéder à l’arrachage de plantations devenues moins rentables.


Avec la remontée des cours, la situation s’est inversée. Les producteurs camerounais peuvent aujourd’hui vendre leur cacao autour de 2 900 FCFA/kg, alors que leurs homologues ivoiriens perçoivent le prix garanti de 1 200 FCFA/kg pour la campagne en cours.


Cette situation illustre précisément le fonctionnement des deux modèles : le producteur camerounais bénéficie rapidement de la hausse des cours, tandis que le producteur ivoirien reste protégé par le prix fixé au début de la campagne.


La contrepartie de la stabilisation : attendre la prochaine campagne


Le mécanisme ivoirien implique donc un décalage entre le marché international et le prix payé au planteur.


Lorsque les cours mondiaux progressent fortement après la fixation du prix garanti, cette embellie ne se répercute pas immédiatement sur le revenu du producteur ivoirien.


Elle peut en revanche être prise en compte lors des campagnes suivantes, lorsque les nouvelles ventes anticipées intègrent l’évolution du marché.


Ainsi, l’amélioration actuelle des cours internationaux pourrait bénéficier aux producteurs ivoiriens à travers les prochaines campagnes, notamment lors de la récolte intermédiaire de mars 2027 et de la campagne principale de septembre 2027, selon l’évolution des cours et des conditions de commercialisation.


La Côte d’Ivoire a déjà connu la libéralisation


 

Le débat actuel renvoie également à une expérience que la Côte d’Ivoire a déjà vécue. Sous l’effet des réformes engagées au début des années 2000, notamment sous l’impulsion des institutions financières internationales, le pays a expérimenté la libéralisation de la filière cacao entre 2000 et 2011.


Cette période reste particulièrement controversée. Ses détracteurs estiment que le système avait davantage profité à certains intermédiaires et opérateurs commerciaux qu’aux producteurs, confrontés à une plus grande incertitude sur leurs revenus.

Durant cette période, le prix garanti le plus élevé aurait atteint environ 1 100 FCFA/kg.


Le retour à la stabilisation a ensuite été présenté comme un moyen de mieux protéger les producteurs contre les fluctuations du marché et de leur garantir une meilleure visibilité sur leurs revenus.


1 200 FCFA : un prix faible ou un prix à replacer dans son contexte ?


Le débat sur le niveau du prix garanti reste légitime. À 1 200 FCFA/kg, certains producteurs considèrent que la rémunération ne reflète pas suffisamment le niveau actuel des cours internationaux.


Mais comparer directement ce montant à un prix de 2 900 FCFA/kg observé dans un pays fonctionnant selon un système libéralisé peut être trompeur.


Les deux chiffres ne correspondent pas au même niveau de risque. À 2 900 FCFA dans un système libéralisé, le producteur profite davantage du marché lorsqu’il est favorable, mais il peut également voir son revenu s’effondrer lorsque les cours chutent. À 1 200 FCFA dans un système stabilisé, il bénéficie d’une protection contre les baisses, mais ne profite pas immédiatement des envolées du marché.


La véritable question n’est donc pas seulement de savoir quel pays affiche le prix le plus élevé. Elle est aussi de déterminer quel système protège le mieux le producteur sur l’ensemble d’une campagne et, surtout, lequel correspond le mieux aux réalités économiques et sociales du pays.


Pour la Côte d’Ivoire, où le cacao constitue un pilier de l’économie rurale et fait vivre directement et indirectement des millions de personnes, le choix de la stabilisation répond à une logique de protection contre la volatilité.


Reste toutefois un enjeu majeur pour les prochaines années : trouver le juste équilibre entre la sécurité offerte au producteur, l’évolution des cours mondiaux et la nécessité de lui garantir un revenu suffisamment rémunérateur.


Le débat sur le prix du cacao ne se résume donc pas à une opposition entre « bon » et « mauvais » prix. Il pose une question plus fondamentale : comment permettre au producteur ivoirien de bénéficier davantage de la valeur créée par le cacao tout en le protégeant des brutales variations du marché mondial ?




Wassimagnon




 
 
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