Cameroun : Enseignement supérieur, le bras de fer entre le Minesup et le Synes s'intensifie
Le syndicat décline l'invitation du ministre et réclame un report de la réunion de crise au-delà du 15 septembre 2026.
À un mois de la rentrée universitaire officielle, les huit campus d'État du Cameroun basculent dans l'incertitude. Convoqué en urgence par le ministère de l'Enseignement supérieur pour une réunion sur le climat social, le Syndicat national des enseignants du supérieur (Synes) a décliné l'invitation, dénonçant un délai d'organisation trop court et l'absence de tout ordre du jour sur les revendications de fond.
Grève « illimitée » depuis le 3 septembre
Tout est parti d'une décision radicale. Le 3 septembre 2026, réuni en session extraordinaire, le Bureau exécutif national du Synes (Ben-Synes) a décrété une grève totale et illimitée dans les universités publiques, sous le mot d'ordre « rentrée académique morte ». Le syndicat appelle à la suspension de toutes les activités de recherche et d'enseignement, et bloque par ailleurs les processus de pré-inscription des nouveaux bacheliers.
En cause, des arriérés de primes de recherche non réglés, dont certaines composantes remonteraient à l'année 2000, ainsi que le blocage des allocations de modernisation de la recherche depuis la fin de l'année 2025. Au-delà des chiffres, les leaders syndicaux dénoncent une « clochardisation » du corps professoral, pointant un salaire moyen de 500 000 FCFA pour un professeur titulaire et des infrastructures universitaires dégradées, parfois dépourvues de bureaux ou de sanitaires fonctionnels.
Convocation du 9 septembre
Face à la montée de la tension, le ministre d'État, ministre de l'Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, a adressé le 9 septembre un message-porté convoquant les responsables des syndicats d'enseignants (Synes, Forec, Sesup, Corec, Sypres) ainsi que les coordonnateurs universitaires à une réunion d'urgence, prévue le 11 septembre à Yaoundé.
Conditions
Dans sa réponse du 10 septembre, la Secrétaire Générale du Synes, Pr Wogaing Fotso Jeannette, a décliné la date proposée. Le syndicat avance plusieurs arguments : un délai de convocation jugé trop bref pour permettre une mobilisation et une concertation adéquates de ses membres, une confusion sur la désignation de sa délégation, et surtout l'absence de précisions sur les points de crise à inscrire à l'ordre du jour.
Le Synes rappelle également que ses demandes d'audience, introduites depuis novembre 2025 auprès des autorités compétentes — et jusqu'à janvier 2025 pour une requête adressée à la Présidence de la République — sont restées sans suite concrète.
Tout en réaffirmant son attachement au dialogue social et sa disponibilité à poursuivre les échanges, le syndicat propose que la rencontre soit reprogrammée, selon les disponibilités du ministre, entre le 15 et le 18 septembre 2026.
Tensions
Du côté du ministère de l'Enseignement supérieur, aucune réaction officielle n'a pour l'instant été communiquée sur cette proposition de report. Dans l'attente, des milliers de familles et d'étudiants restent suspendus à l'issue de ce bras de fer, à quelques semaines seulement de la rentrée académique.
La crise dans l'enseignement supérieur camerounais va-t-elle enfin trouver une issue, ou le pays se dirige-t-il vers une année universitaire compromise ?
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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