Burkina Faso : le gouvernement lance l'électrification pour tous d'ici 2030
Selon le ministre de l’Energie Yacouba Zabré Gouba, l'Initiative « Faso Wa-Fulu » vise à rendre l’énergie accessible à tous (ph)
Le Conseil des ministres du 22 octobre, tenu sous la présidence du Capitaine Ibrahim Traoré, a acté deux décisions pour accelerer la production énergétique pour faire tourner l'industrie, et produire localement ce qui était importé, notamment le vin.
La mesure phare est la création de l'Initiative Présidentielle Énergie pour Tous, baptisée Faso "Wa-Fulu", qui signifie en langue locale "l'énergie pour tous".
Portée par le ministère de l'Énergie, des Mines et des Carrières, elle vise un accès généralisé à l'électricité d'ici 2030, et se pose comme préalable à la souveraineté.
Le projet est doté de plus de 2 800 milliards FCFA sur dix ans, répartis en deux phases de cinq ans : une phase d'accélération pour déployer les infrastructures et une phase de consolidation pour pérenniser les acquis.
Sur le terrain, les objectifs sont chiffrés. Il s'agit d'électrifier 6 700 localités supplémentaires et de raccorder 3,5 millions de ménages et d'entreprises, soit près de 18 millions de personnes.
Le réseau prévu est massif : près de 30 000 km de lignes haute tension et autant de basse tension à construire, plus de 28 000 km à réhabiliter.
Pour y parvenir, le gouvernement innove dans la méthode. Quatre axes ont été retenus, dont deux sont particulièrement structurants :
D'abord, la création de 44 Brigades d'électrification, les BRIGEL, avec 1 208 techniciens recrutés et formés, équipés pour intervenir directement sur leurs zones. Une enveloppe dédiée de 22 milliards FCFA leur est allouée avec une décentralisation totale du chantier.
Ensuite, l'inclusion communautaire. L'État demande aux populations de participer : sécurisation des sites, fourniture d'agrégats et de matériaux locaux, formation aux travaux de raccordement. L'idée est de transformer les bénéficiaires en acteurs du programme, en appui à la Sonabel.
Cette initiative prolonge les centrales d'urgence de Pabré (50 MW montées en 90 jours) et s'inscrit dans le Plan RELANCE selon lequel sans électricité, pas d'industrialisation.
La seconde décision est plus inattendue. Le Conseil a adopté le décret créant la Société Viticole du Burkina, SOVIB.
Le constat du ministère de l'Industrie est simple : le Burkina importe la quasi-totalité du vin et des spiritueux qu'il consomme, alors que le pays estime disposer d'un savoir-faire viticole et d'un potentiel agricole exploitable.
Pour inverser cette dépendance, l'État a créé une société d'économie mixte à participation publique majoritaire. Le montage associe l'État à 45%, la Nouvelle Brasserie du Faso (BRAFASO, créée en octobre 2024) à 10% et le secteur privé national à 45%, pour un capital initial d'un milliard FCFA.
L'investissement industriel global est évalué à 9,8 milliards FCFA pour l'unité qui sera basée à Bobo-Dioulasso.
Au-delà du symbole, l'objectif est industriel et social : valoriser une production locale, créer plusieurs centaines d'emplois et capter une part d'un marché aujourd'hui entièrement importé.
Le gouvernement inscrit ce projet dans les mêmes priorités que la rizerie de Bagré inaugurée le 20 octobre : industrialisation, souveraineté économique et inclusion.
La SOVIB est la troisième brique de cette nouvelle génération d'entreprises d'État après TEXFORCES-BF dans le textile et RAFFINOR-BF dans le raffinage de l'or, toutes deux lancées en septembre.
Boa, Ouagadougou
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