Côte d'Ivoire : Dialogue État-secteur privé, le CCESP tire les leçons de dix ans de concertation et vise désormais des résultats mesurables
Après près de dix ans de dialogue entre l’État et le secteur privé, les Rencontres sectorielles (RS) du Comité de concertation État-Secteur privé (CCESP) affichent un bilan globalement positif. Une évaluation présentée le 21 octobre 2026, à Abidjan, met en évidence leur contribution à plusieurs réformes importantes, notamment dans les secteurs des mines, des hydrocarbures et des transports terrestres. Pour consolider ces acquis, le CCESP entend désormais renforcer le suivi des recommandations et inscrire son dispositif dans une dynamique davantage axée sur les résultats.
Le dialogue public-privé franchit une nouvelle étape en Côte d’Ivoire. Le mercredi 21 octobre 2026, au Pullman Abidjan-Plateau, le Secrétariat exécutif du Comité de concertation État-Secteur privé (SE-CCESP), avec l’appui du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), a présenté les conclusions de l’étude d’évaluation des Rencontres sectorielles (RS). Cette rencontre a réuni des représentants des administrations publiques, des organisations professionnelles et des partenaires du dialogue public-privé autour d’un enjeu majeur : mesurer les acquis de ce mécanisme de concertation et identifier les leviers susceptibles d’en renforcer l’efficacité.
Initiées entre 2014 et 2023, les Rencontres sectorielles constituent un cadre d’échanges entre les pouvoirs publics et les acteurs économiques. Elles visent à identifier les contraintes qui entravent le développement des différentes filières de l’économie ivoirienne et à proposer des solutions adaptées. Plusieurs secteurs ont bénéficié de ce dispositif, notamment le tourisme, la construction, l’urbanisme, l’agriculture, les transports, les hydrocarbures, les mines et l’énergie.
Réalisée par un consultant indépendant, l’évaluation souligne la pertinence du dispositif ainsi que la qualité du dialogue instauré entre les parties prenantes. La préparation des rencontres, la conduite des échanges et la formulation des recommandations figurent parmi les points forts relevés. L’étude met également en évidence une contribution positive des Rencontres sectorielles à l’amélioration du climat des affaires, particulièrement dans les secteurs des hydrocarbures et du gaz, des mines et du transport terrestre.
Dans le domaine des hydrocarbures et du gaz, les échanges ont notamment contribué à faire progresser les réflexions sur la transparence, la simplification des procédures administratives, le contenu local et le développement des compétences nationales. Autant de leviers jugés essentiels pour améliorer la gouvernance du secteur et favoriser une participation accrue des entreprises ivoiriennes.
Le secteur minier enregistre également des avancées. Parmi les résultats relevés figurent la mise en place du cadastre minier électronique, les progrès réalisés dans la délivrance des titres miniers et l’ouverture du processus de révision du Code minier aux organisations professionnelles. Ces évolutions illustrent l’intérêt d’un dialogue structuré entre les administrations compétentes et les opérateurs économiques pour faire remonter les préoccupations du terrain et alimenter les décisions publiques.
C’est toutefois dans le transport terrestre que la dynamique de réforme apparaît la plus perceptible. Les initiatives évoquées concernent notamment la Stratégie nationale de sécurité routière 2021-2025, la vidéoverbalisation, l’instauration du permis à points, la professionnalisation des conducteurs, la digitalisation des procédures administratives et le renouvellement du parc automobile. Ces mesures traduisent la volonté d’améliorer la sécurité routière, de moderniser les pratiques et de mieux structurer le secteur.
Si ce bilan témoigne de l’utilité des Rencontres sectorielles, l’évaluation souligne néanmoins la nécessité de dépasser la seule formulation des recommandations pour garantir leur mise en œuvre effective et mesurer leurs effets.
Pour consolider les acquis et améliorer les résultats, l’étude préconise une évolution du dispositif vers un mécanisme permanent d’accompagnement des réformes. Quatre orientations majeures se dégagent.
La première porte sur la mise en place d’un mécanisme de pilotage permanent couvrant l’ensemble du cycle des réformes, depuis l’identification des contraintes jusqu’au suivi, à l’évaluation et à la capitalisation des résultats. L’objectif est de garantir une continuité dans le traitement des préoccupations exprimées par le secteur privé.
La deuxième recommandation vise à structurer ces préoccupations en programmes de réformes cohérents, assortis de responsabilités clairement définies, d’échéances précises et d’indicateurs permettant de mesurer les progrès accomplis.
La troisième orientation concerne le renforcement de l’implication des cabinets ministériels. Leur engagement est considéré comme déterminant pour assurer le portage institutionnel des réformes, faciliter les arbitrages et lever les blocages susceptibles de retarder leur exécution.
Enfin, l’évaluation recommande la mise en place d’un dispositif souple de suivi opérationnel, coordonné par le SE-CCESP et s’appuyant sur les structures existantes. Dans cette organisation, les ministères et organismes compétents conserveraient la responsabilité de la mise en œuvre des mesures relevant de leurs attributions.
Pour le Secrétaire exécutif du CCESP, Mme Mariam Fadiga Fofana, l’enjeu est désormais de faire évoluer la concertation vers une approche plus opérationnelle. Il s’agit de consolider « un mécanisme de dialogue qui ne se limite pas à l’identification des difficultés, mais qui favorise également la responsabilisation des acteurs, le suivi des engagements et l’obtention de résultats tangibles ».
Cette ambition suppose une meilleure articulation entre les différents espaces de concertation existants, notamment les Rencontres sectorielles, le Comité technique de concertation, les Cadres paritaires sectoriels et les Plateformes locales de dialogue public-privé.
« Les Rencontres sectorielles ne constituent pas un dispositif isolé », a rappelé la responsable, insistant sur la nécessité d’améliorer la circulation de l’information et la cohérence dans le traitement des préoccupations du secteur privé. Pour elle, l’efficacité de l’ensemble de cette architecture dépendra de la capacité des différents mécanismes à travailler de manière complémentaire et à assurer un suivi rigoureux des engagements pris.
Du côté du ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, la volonté de renforcer cette dynamique a également été réaffirmée. Représentant le ministre Mamadou Sangafowa, le conseiller technique Kouassi Arnaud a exprimé la « pleine disponibilité » de son département ministériel à renforcer le suivi des recommandations, en collaboration avec le CCESP et l’ensemble des parties prenantes.
Cette orientation a reçu un accueil favorable des acteurs du secteur privé. Les petites et moyennes entreprises (PME) intervenant dans le domaine de l’énergie ont notamment plaidé pour une attention accrue à leur secteur d’activité, afin de bénéficier davantage des mesures de promotion du contenu local et des opportunités qui en découlent.
Au terme de cette évaluation, les Rencontres sectorielles apparaissent ainsi comme un instrument pertinent de dialogue entre l’État et les entreprises. Le principal défi reste désormais de transformer plus systématiquement les recommandations en réformes effectives, assorties de résultats mesurables. Une évolution qui pourrait contribuer à renforcer la confiance entre les acteurs publics et privés et à améliorer durablement l’environnement des affaires en Côte d’Ivoire.
Wassimagnon
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